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lundi 2 novembre 2009

Ce qu'il faut retenir de l'assemblée plénière de l'épiscopat canadien (2e partie)

(à lire également au www.philippevaillancourt.com)

Développement et Paix
Après le scandale du printemps, la discussion sur l'Organisme catholique pour le développement et la paix - Développement et Paix (D&P) - était très attendue. Essentiellement, les évêques ont convenu d'exercer un plus grand contrôle sur D&P et d'aller de l'avant avec l'implantation des recommandations du comité d'enquête mis sur pied pour vérifier l'action de l'organisme au Mexique suite aux allégations de LifeSiteNews.com.

Une déclaration à ce sujet a été adoptée.

L'Église et Internet
En lien avec cette histoire, une discussion à huis clos a eu lieu au sujet des sites Internet et des blogues. Cette partie de la plénière n'est pas abordée dans les communiqués de presse officiels émis tout au long des jours de cette assemblée plénière.

Le père Thomas Rosica, l'homme à la tête de Télévision Sel et Lumière, avait préparé une présentation au sujet de la délicate question des sites et des blogues.

Il a lui-même été pris à partie il y a quelques semaines par LifeSiteNews au sujet des funérailles de Ted Kennedy dans le diocèse de Boston.

Depuis quelques années, le débat entre catholiques a été endurci par des propos enflammés sur plusieurs sites Internet et blogues catholiques. Cette situation n'est dénoncée que du bout des lèvres, tant au Canada qu'aux États-Unis. En fait, peu de voix osent s'élever pour dénoncer le climat malsain de peur qui s'est emparé de plusieurs organismes catholiques dont les actions sont scrutées dans les moindres détails par certains blogues, appuyés par des groupes de plus en plus séduits par la tentation de déterminer qui est catholique et qui ne l'est pas.

À cet égard, Mgr Weisgerber a donné le ton dès le début de l'assemblée plénière en rappelant qu'il appartient aux évêques de juger de la catholicité d'une personne ou d'un organisme.

Sous le couvert de l'anonymat, plusieurs individus à la tête d'autres organismes catholiques canadiens ont confié à Crayon et goupillon qu'ils préfèrent se taire, de peur d'être pris pour cible et de voir l'aide financière dont ils dépendent être réduite.

Ce n'est d'ailleurs pas pour rien que la rencontre abordant cette question se tenait à huis clos. Les évêques et les experts appelés à se prononcer voulaient s'assurer d'avoir les coudées franches pour aborder le problème en toute franchise.

Une prise de bec dans les corridors entre le père Rosica et LifeSiteNews n'est pas passée inaperçue. Connue de peu de personnes, elle témoigne de la tension qui gangrène la qualité des débats.

Car le père Rosica est loin de ce qu'on pourrait qualifier de « catholique de gauche ». Plusieurs catholiques, pour qui les idées du père Rosica et celles LifeSiteNews ne sont pas si éloignées, ont été étonnés de prendre connaissance de cette vive discussion en public.

Bref, la conférence épiscopale canadienne semble être sensible à cette nouvelle réalité.

Élections
Enfin, les élections sont venues confirmer plusieurs impressions. Il faut dire que ces élections ne sont jamais remplies de surprises. La conférence épiscopale choisit les membres de son exécutif en fonction d'un principe de rotation. Ainsi, le cotrésorier devient vice-président après deux ans, et président après quatre ans. L'élection qui faut observer n'est pas celle du président, mais bien celle des cotrésoriers, puisqu'ils deviennent habituellement présidents après quelques années.

L'élection de Mgr Paul-André Durocher a confirmé sa montée comme l'une des vedettes montantes de l'épiscopat canadien. En devenant cotrésorier, il a de grandes chances de devenir le président de la CECC dans quatre ans. Le jeune évêque du diocèse d'Alexandria-Cornwall avait déjà été pressenti pour occuper le poste d'archevêque d'Ottawa. À 55 ans, parfaitement bilingue, il a encore tout son temps. Certains rêveraient même de le voir à Montréal...

Mgr James Weisgerber, archevêque de Winnipeg, terminait son mandat à la présidence de la CECC. Il est remplacé par l'évêque de Saint-Jérôme, Mgr Pierre Morissette. Le mandat de Mgr Weisgerber a été particulièrement marqué par le travail de réconciliation effectué avec les Premières Nations. Les deux moments forts de ce travail furent l'intervention de Phil Fontaine, alors Chef national de l'Assemblée des Premières Nations, à l'assemblée plénière de la CECC en 2008, et la rencontre avec le pape à Rome au printemps.

Mgr Pierre Morissette a une bonne connaissance de l'Église au Québec. L'évêque, qui aura 65 ans le 22 novembre, a travaillé dans les diocèses de Québec, de Baie-Comeau et de Saint-Jérôme.

La vice-présidence sera assurée par Mgr Richard Smith, archevêque d’Edmonton.

Les deux cotrésoriers sont Mgr Paul-André Durocher, évêque d’Alexandria-Cornwall, qui entreprend un deuxième mandat consécutif comme représentant du Secteur français, et Mgr Douglas Crosby, O.M.I., évêque de Corner Brook et Labrador.

Les quatre régions épiscopales du Canada seront représentées par Mgr Claude Champagne, O.M.I., évêque d’Edmundston, au Nouveau-Brunswick, Mgr Eugène Tremblay, évêque d’Amos, au Québec, Mgr Ronald Fabbro, C.S.B., évêque de London, en Ontario, et Mgr Luc Bouchard, évêque de Saint-Paul, en Alberta.

samedi 24 octobre 2009

Ce qu'il faut retenir de l'assemblée plénière de l'épiscopat canadien (1re partie)

L'assemblée plénière annuelle de la Conférence des évêques catholiques du Canada vient de prendre fin. L'an dernier, les relations avec les autochtones avaient particulièrement retenu l'attention. En 2009, c'est plutôt une brochette de sujets chauds pour l'Église catholique qui a donné le ton à la rencontre.

Rassemblés à Cornwall en Ontario, les évêques ont d'entrée de jeu abordé le cas de Mgr Raymond J. Lahey, l'ex-évêque d'Antigonish qui doit répondre à des accusations de possession et d'importation de pornographie juvénile au Canada. Le président sortant de la CECC, l'archevêque de Winnipeg, Mgr James Weisgerber, en a profité pour traiter lui-même de la question.

« L’arrestation de Mgr Raymond Lahey a été particulièrement douloureuse en raison de la gravité des accusations, mais aussi parce qu’il met en cause un ancien membre de notre Assemblée, un frère dans l’épiscopat, et aussi, pour plusieurs d’entre nous, un ami », a-t-il indiqué.

Mgr Weisgerber a rappelé que depuis près de 20 ans, à la suite de la publication du document intitulé De la douleur à l’espérance, les diocèses du Canada ont affiché leur détermination « à protéger et sauvegarder la famille humaine et les communautés chrétiennes contre toutes violations de la dignité humaine et à porter une attention spéciale aux victimes et à leurs familles ».

Au terme de la première journée de l'assemblée plénière, les membres de la CECC ont accueilli Mgr Luigi Ventura, nonce apostolique au Canada, qui occupera dès la fin du mois de novembre la fonction de nonce apostolique en France, après huit ans au Canada.

Dialogue avec les anglicans
Peu de médias au Québec ont saisi cette semaine l'ampleur de l'importance de l'annonce faite par le Vatican de mettre en place des instances pour accueillir certains anglicans souhaitant quitter la Communion anglicane. Au Canada, le hasard a voulu que cela coïncide avec le passage du primat de l'Église anglicane du Canada, Mgr Fred Hiltz.

« Des barrières sont tombées, à notre grand étonnement », s'est-il réjoui. « Nous percevons maintenant une volonté accrue de travailler et de marcher ensemble. »

Mgr Hiltz a aussi profité de l’occasion pour inviter un représentant de la CECC à participer au prochain Synode général de l’Église anglicane du Canada et pour demander que l’on continue de réfléchir à la possibilité d’une rencontre conjointe des évêques anglicans et catholiques du Canada.

Rappelons au passage que 43% de la population canadienne est d'appartenance catholique, contre 7% pour les anglicans.

Par ailleurs, une partie de la troisième journée était consacrée au dialogue entre les catholiques et les anglicans.

Pro-vie : prise de conscience des évêques
Les évêques ont également abordé la question du respect de la vie. Ils ont parlé des positions connues de l'Église catholique sur l'avortement, l'euthanasie et le suicide assisté.

Le thème du respect de la vie est devenu un terrain glissant au Canada au cours des dernières années. À ce propos, l'évêque de London, Mgr Ronald Fabbro, a mis tous les évêques en garde.

« Si les évêques ne participent pas activement au débat, d’autres personnes ou groupes le feront à leur place», a-t-il précisé. « En un tel cas, il est possible que l’enseignement de l’Église soit déformé. Il nous appartient donc d’informer les catholiques de ce qui constitue le fondement de notre foi. »

Mgr Fabbro faisait référence à des groupes au sein même de l'Église catholique qui ont de plus en plus tendance à se radicaliser. C'est notamment le cas de Lifesitenews.com, le site Internet à l'origine de bien des prises de bec dans le Canada anglais. Le climat de dénonciation publique entre catholiques, qui ne sont pas toujours d'accord sur l'approche à avoir en matière de respect de la vie, a fini par mettre plusieurs évêques mal à l'aise.

Dans le cadre de cette plénière, plusieurs d'entre eux ont réalisé les limites qu'il y a à s'associer pleinement à de tels groupes.

Pour sa part, Mgr Blanchet a souligné que des tensions et des difficultés ont émergé au fil des ans chez les personnes et groupes qui se sont portés à la défense de la vie, depuis la conception jusqu’à la mort naturelle. Il a fait valoir l’importance de chercher une unité dans la pensée et l’action, en favorisant le dialogue entre les divers éléments du « mouvement pro-vie ». Un tel dialogue, a-t-il suggéré, permettrait d’éliminer les irritants à l’intérieur du mouvement et de trouver un terrain commun.

(2e partie à venir)

mercredi 9 septembre 2009

L'héritage de la visite de Jean-Paul II au Canada

Le 9 septembre 1984, le pape Jean-Paul II débarquait à Québec et débutait son voyage apostolique de 12 jours au Canada. De Sainte-Anne-de-Beaupré à Montréal, des milliers de catholiques ont suivi à la trace le périple du pape polonais dans la partie québécoise de sa visite, en faisant ainsi la visite d'un chef d'État la plus suivie dans l'histoire du pays. Vingt-cinq ans plus tard, face aux défis de décroissance de l'Église catholique au Québec, une question se pose : que reste-t-il de son passage, de ses discours et de la ferveur des foules ?

Le moins que l'on puisse dire, c'est que peu de médias s'intéressent à cette affaire. Les grands médias, dont ceux financés par les deniers publics, effleurent à peine le sujet, alimentant d'autant plus la question de l'héritage du passage de Jean-Paul II.

Mais cette peur de voir son séjour sombrer dans l'oubli n'est pas récente. Dès le lendemain de son départ, plusieurs prêtres ont eu l'impression que tout redevenait « normal », comme s'il n'était jamais venu. Un curé montréalais me faisait remarquer aujourd'hui, brandissant le recueil des interventions publiques de Jean-Paul II au Canada en 1984, que le clergé québécois n'a jamais pris la peine d'analyser en profondeur le contenu de ces textes avec un peu de recul.

Précurseur
Or justement, à la lecture des discours du pape au Québec, il est étonnant de voir à quel point il a touché tous les éléments clés qui allaient alimenter les débats sociaux au Québec dans les années à venir : famille, individualisme, matérialisme, abandon de la foi, relations entre foi et raison, et entre religion et État. Dans son homélie à l'Université Laval, il disait ceci :

« La culture - et de même l’éducation qui est la tâche première et essentielle de la culture - est la recherche fondamentale du beau, du vrai, du bien qui exprime au mieux l’homme, comme “le sujet porteur de la transcendance de la personne”, qui l’aide à devenir ce qu’il doit “être” et pas seulement à se prévaloir de ce qu’il “a” ou de ce qu’il “possède”. Votre culture est non seulement le reflet de ce que vous êtes, mais le creuset de ce que vous deviendrez. Vous développerez donc votre culture d’une façon vivante et dynamique dans l’espérance, sans peur des questions difficiles ou des défis nouveaux; sans pour autant vous laisser abuser par l’éclat de la nouveauté, et sans laisser s’installer un vide, une discontinuité entre le passé et l’avenir; autrement dit, avec discernement et prudence, et avec le courage de la liberté critique à l’égard de ce qu’on pourrait appeler “l’industrie culturelle”; surtout avec le plus grand souci de la vérité. »

À Sainte-Anne-de-Beaupré, il a souligné à quel point les Amérindiens comptent parmi les plus pauvres de la société. Il n'a pas tu les relations difficiles entre les Blancs et les peuples des Premières Nations.

Au stade olympique, il a exhorté les jeunes à prendre garde aux paradis artificiels. Ses références aux problèmes économiques sont encore d'actualité aujourd'hui. Après tout, le stade olympique, ce n'était pas seulement Céline Dion...

À bien des égards, Jean-Paul II avait su déterminer les grandes questions qui allaient se poser au Québec.

La question autochtone
La question autochtone est, en rétrospective, l'un des plus grands accomplissements de Jean-Paul II au Canada. N'ayant pu se rendre rencontrer certains peuples des Premières Nations dans le Nord en 1984, il a insisté pour revenir le faire quelques années plus tard après un voyage aux États-Unis. D'ailleurs, il ne fallait pas oublier ce voyage en lui parlant du Canada ! Il se faisait un point d'honneur de le rappeler à son interlocuteur. Idem pour son entourage : dans le cadre d'une entrevue que je faisais avec le cardinal Stanislaw Dziwisz, qui fut le secrétaire personnel de Jean-Paul II pendant 40 ans, je lui demandais ce qui l'avait le plus frappé lors de la visite du pape. Sa réponse ? « - Laquelle au juste ? »

Anecdote à part, il faut savoir que le pape polonais insistait fortement sur la notion d'autodétermination des peuples autochtones. Il était devenu presque ironique, au milieu des années 80, de voir que certains des messages d'espoir les plus sentis venaient de la plus haute autorité de l'Église catholique, l'Église même dont trop de diocèses et de communautés religieuses avaient administré de façon honteuse les « pensionnats autochtones » pendant des années.

L'héritage de cette insistance de Jean-Paul II envers le respect des autochtones au Canada a culminé cette année alors que Phil Fontaine, alors Chef national de l'Assemblée des Premières Nations (APN) s'est rendu à Rome avec Mgr James Weisgerber, le président de la Conférence des évêques catholiques du Canada (CECC). Ensemble, ils ont rencontré le pape Benoît XVI. Cela est venu marquer un point tournant dans la « normalisation » des bonnes relations entre l'APN et la CECC. Regrettant le passé, chacun s'est engagé à regarder conjointement vers l'avant.

Un travail de compréhension à faire
Quelle importance accorder à ce voyage papal ? Vingt-cinq ans plus tard, la question se pose comme au lendemain du départ du pape.

Les sujets d'actualité ont tendance à paraître importants lorsque tout le monde en parle pendant des années. Or, qui a parlé du voyage du pape au Québec ? À part des collections d'anecdotes personnelles et des plaques sur des bâtiments, qu'est-ce que l'Église du Québec a trouvé à dire à ce sujet depuis 1984 ?

Autrement dit, faut-il vraiment s'étonner que les médias n'en parlent pas ?

mardi 30 juin 2009

D&P : les grandes questions posées par le scandale

Le rapport du comité d'enquête de la Conférence des évêques catholiques du Canada (CECC) sur les organisations non gouvernementales partenaires de l'organisme Développement et Paix (D&P) a été rendu public. Comme l'avait déjà annoncé le président de la CECC, Mgr James Weisgerber, l'organisme est lavé de tout soupçon en ce qui concerne les accusations que portait contre lui le site Internet lifesitenews.com.

Ce dernier affirmait que Développement et Paix, qui est étroitement lié à l'épiscopat canadien, finançait des organismes mexicains faisant la promotion de l'avortement. De telles allégations ont créé un véritable scandale dans plusieurs provinces anglophones. Lifesitenews voit ainsi son argumentaire réfuté par les enquêteurs de la CECC qui s'étaient rendus au Mexique en avril dernier devant l'ampleur du scandale.

Dans le rapport, la CECC affirme « que les allégations, les accusations et les dénonciations portées par les uns contre les autres n’apportent rien de positif dans notre Église et constituent un contre-témoignage de l’esprit évangélique qui doit animer les chrétiens. » Le message est clair, mais cela n'empêche pas non plus le rapport de tendre la main à lifesitenews et d'inviter le site à entrer en dialogue avec la CECC.

Entrevues
Dans le cadre de mon travail, j'ai pu réaliser deux entrevues en français au sujet du rapport. Vous pouvez pour l'instant les écouter en cliquant ici.

***

Deux grandes questions à approfondir
Le scandale de D&P pose deux questions essentielles à l'ensemble de l'Église catholique au Canada. C'est d'ailleurs ce qui fait l'intérêt de cette histoire. Autrement, les médias auraient perdu leur temps à couvrir une querelle dont l'issue semblait évidente dès le retour au pays des enquêteurs de la CECC.

La première question concerne la confiance qu'accorde l'ensemble du clergé canadien à D&P. Dans les milieux catholiques, c'est bien connu : D&P a toujours eu à faire face à des réticences face à ses actions et à son mandat au sein même de l'Église catholique. Cet organisme fondé il y a plus de quarante ans a toujours eu à dos les catholiques plus conservateurs. N'empêche, on ne parle quand même pas d'une vive opposition. Donc, pourquoi les évêques ont-ils accordé autant d'attention à lifesitenews ? Doutaient-ils de leur propre organisme ? Ne sont-ils pas en train d'ouvrir la porte à toutes sortes d'allégations en provenance de n'importe quel groupe ?

Il faut rappeler que l'enquête est devenue une nécessité quand six diocèses, dont ceux de Toronto et de Vancouver, ont décidé de retenir l'argent des collectes de fonds destiné à D&P jusqu'à ce que les allégations soient clarifiées. L'organisme était ainsi privé d'un total de 2 millions $. Au sein du clergé, le doute est donc d'abord venu de certains évêques, surtout en Ontario.

La CECC et D&P assurent tous deux que le lien de confiance n'est pas brisé. Par contre, la confiance des catholiques canadiens envers l'organisme est belle et bien écorchée. Et cela n'est pas étranger à un phénomène en croissance depuis quelques années dans l'Église catholique au Canada : ceux qui sont « plus catholiques que le pape ». Autrement dit, les catholiques qui mènent des chasses aux sorcières, en s'appuyant sur les nouveaux moyens de communications et sur quelques riches donateurs. Au lieu de travailler à l'instauration d'un climat de confiance, on chercher plutôt à agir comme un chien de garde, s'en tenant à une forme stérile de rigorisme. Ce phénomène teinte d'abord la qualité des relations entre les catholiques du Canada.

Et cela fait le pont avec la deuxième question fondamentale que pose ce scandale.

Quel rapport l'Église entretient-elle au monde ? C'est l'un des grandes questions de Vatican II. Voici un exemple concret qui s'applique dans le cas de D&P : quand un projet vaut la peine d'être soutenu, doit-il être abandonné parce qu'un autre partenaire qui participe à ce même projet n'a pas la même vision de la morale sexuelle que l'Église ? Cette question est au coeur des rapports de l'Église catholique avec la modernité.

Comme le faisait remarquer l'éthicien Bernard Keating, l'Église catholique au Canada se comporte de plus en plus comme un lobby au lieu d'être l'acteur civique qu'elle a déjà été. Les enseignements sont caricaturés, transformés en slogan et concentrés sur quelques éléments clés de la morale catholique qui ont comme point commun le rejet d'une certaine forme de modernité. Cette tendance vers une Église-lobby, qui cherche à influencer la vie publique non pas en modifiant le monde de manière évangélique mais en se braquant sur ses positions et en les retenant comme seules vérités, inquiète tant dans les milieux catholiques que dans ceux qui y sont complètement étrangers. Plusieurs personnes ont l'impression de voir un déplacement idéologique du catholicisme vers une pratique plus conservatrice, ce qui soulève bien des questions dans une province comme le Québec.

Dès lors, à la lumière de ce phénomène, que dit le scandale de D&P du rapport entre l'Église catholique et la société canadienne ?

Les questions du rapport au monde et du climat de confiance et d'unité devraient logiquement être débattues au cours de la rencontre plénière de l'épiscopat canadien l'automne prochain. La remise du rapport n'est que la première étape. Les faits sont désormais relégués au passé, mais les questions demeurent. Il sera donc intéressant de voir comment ces questions seront traitées à travers l'Église au Canada d'ici la fin de l'année.

mardi 23 juin 2009

[Édito] Scandale de D&P : confusion et mauvais timing autour de la sortie du rapport

Revenant sur le scandale qui a ébranlé l'organisme catholique Développement et Paix cet hiver et sur l'enquête commandée par la Conférence des évêques catholiques du Canada (CECC), son président, Mgr James Weisgerber a déclaré « qu'il n'y a pas de fondement à ces allégations ». Le président de la CECC faisait ainsi référence aux articles publiés sur le site Internet pro-vie lifesitenews.com qui accusaient Développement et Paix (D&P) de soutenir financièrement des organismes mexicains faisant la promotion de l'avortement, ce qui va à l'encontre de la doctrine catholique.

« La délégation [d'enquêteurs dépêchés par la CECC] n'a trouvé aucun fondement aux allégations [de lifesitesnews.com] », a indiqué Mgr Weisgerber. Il tient à rassurer les catholiques canadiens sur la qualité du travail effectué par D&P, l'organisme pour le développement et la paix de l'épiscopat canadien : « On peut assurer les gens qu'il n'y a pas d'argent qui a été dépensé pour promouvoir l'avortement, ni par D&P, ni par les cinq groupes [mexicains mis en cause par lifesitenews.com] », a assuré l'archevêque de Winnipeg.

Mgr Weisgerber a fait ces déclarations vendredi dernier à l'émission Zoom sur la chaîne télévisée catholique Salt & Light basée à Toronto. Cependant, de tels propos en ont surpris plus d'un.

Procédure habituelle
Jeudi dernier (18 juin), le Conseil permanent de la CECC recevait le rapport des enquêteurs dépêchés au Mexique. Dans l'après-midi, une rencontre a eu lieu entre le Bureau de direction de la CECC et celui de D&P. Cette rencontre servait surtout à parler de la démarche générale.

Jeudi dernier, on refusait d'accorder des entrevues au sujet de ce rapport. La raison était fort simple : le rapport des enquêteurs de la CECC doit d'abord être envoyé aux évêques canadiens, qui doivent en prendre connaissance. C'est la façon de procéder à la CECC. Par la suite, il peut être rendu public, notamment sur le site Internet de la conférence.

Cependant, les informations en provenance de la conférence épiscopale divergent : selon le président, il ne sera pas accessible au public et aux médias avant encore deux ou trois semaines. Du côté du service des communications, on parle plutôt de quelques jours, peut-être même d'ici la fin de la semaine. Seul le temps le dira.

Mais jeudi dernier, le mot d'ordre était simple et clair : aucun commentaire ne sera fait aux médias avant la publication du rapport.

La sortie de Mgr Weisgerber
Or, dès le lendemain, la chaîne câblée Salt & Light reçoit Mgr James Weisgerber. D'emblée, il dévoile l'essentiel du rapport. Il n'entre pas dans le fin détail des conclusions et des recommandations, mais le pavé est lancé et Développement et Paix est blanchi.

Mais que penser d'une conférence épiscopale dont même le président n'observe pas le mot d'ordre d'attendre que le rapport soit rendu public ? Était-ce volontaire de sa part ?

En tant que président, il peut certes faire comme bon lui semble. Mais si l'objectif d'attendre avant de commenter est d'éviter de mettre les catholiques canadiens mal à l'aise, c'est raté. Les gens déçus par la décision ont déjà commencé à faire connaître leur mécontentement à la CECC, tout particulièrement ceux qui sont en faveur du point de vue de lifesitenews.com. Quant aux gens de Développement et Paix, ils se réjouissent, mais ne savent pas encore vraiment pourquoi.

Les propos de Mgr Weisgerber vendredi dernier sont également survenus une journée où les bureaux de la CECC étaient fermés. Pourquoi ? Parce que les employés étaient en pique-nique. Donc pour demander des explications aux principaux intéressés, c'est loupé. Mauvais timing, voilà tout.

C'est le Pérou !
Dès lundi, lifesitenews.com répliquait sur son site en présentant de « nouvelles preuves » contre Développement et Paix. Mais cette fois, l'affaire sort largement des frontières canadiennes : même Radio-Vatican a repris une nouvelle largement diffusée sur le site de lifesitenews.com au sujet d'une lettre écrite par l'épiscopat péruvien à l'épiscopat canadien au sujet de l'avortement. L'affaire semble prendre de l'ampleur au lieu de se résorber. La stratégie de gestion de crise choisie par la CECC ne semble pas fonctionner. Au contraire, la conférence épiscopale canadienne pourrait désormais avoir à se justifier aux évêques péruviens.

Malgré tout, la CECC refuse encore de commenter et tient mordicus à attendre que tous les évêques aient pris connaissance du rapport. Il s'agit d'un choix respectable et tout à fait justifiable. Mais plus les jours passent, et plus les questions sont nombreuses et gênantes : comment la CECC en est-elle arrivée là ? Pourquoi un site comme lifesitenews.com a-t-il réussi à avoir autant de crédibilité aux yeux des évêques ? Pourquoi la rédaction de ce rapport a-t-elle été si longue ? Pourquoi avoir choisi de faire une enquête alors qu'on savait d'avance que ses conclusions seraient rejetées par ceux qui critiquent le travail de Développement et Paix ? Que doit-on penser après tout cela du leadership au sein de l'épiscopat canadien ?

Pendant que l'affaire enfle, les conclusions du rapport arriveront en plein été, pendant les vacances et les beaux jours. Les réponses de l'épiscopat canadien risquent de laisser bien des gens indifférents.

Mauvais timing ? C'est sans doute ça...

lundi 15 juin 2009

Église et Premières Nations : un autre pas conjoint

Un nouveau programme destiné à améliorer le sort des peuples des Premières Nations au Canada était lancé aujourd'hui à Vancouver. Baptisé Avançons ensemble, il vise à amasser 25 millions de dollars en cinq ans. L'argent servira à appuyer des programmes de guérison et d'éducation de la jeunesse. Encore une fois, deux importantes figures de l'amélioration des relations entre les Premières Nations et l'Église catholique au Canada se trouvent côte à côté dans cette initiative.

Le Chef national de l'Assemblée des Premières Nations (APN), Phil Fontaine (dont le mandat termine sous peu), et Mgr James Weisgerber, archevêque de Winnipeg et président de la Conférence des évêques catholiques du Canada (CECC) coprésident la campagne Avançons ensemble. Cette collaboration prend un tout autre sens lorsqu'on connaît l'histoire commune des Premières Nations et de l'Église catholique au Canada, depuis les origines du pays jusqu'à aujourd'hui. Cependant, elle est encore plus significative après l'année qui vient de s'écouler et au cours de laquelle tant d'étapes ont été franchies pour aller de l'avant.

Ce matin, Mgr James Weisgerber a évoqué le passé douloureux de plusieurs autochtones :

« Alors que nombre de personnes des communautés des Premières Nations, inuites et métisses ont trouvé l'espoir au sein de leur famille, le succès dans leur travail et l'épanouissement dans leur vie, d'autres continuent à vivre dans l'ombre d'un passé douloureux. [...] Les fonds recueillis dans le cadre de cette campagne permettront de les aider à guérir leurs blessures et à jouir des mêmes possibilités qui sont offertes aux autres membres de la société canadienne. »

Des communautés autochtones et des communautés catholiques, dont certaines ont même été impliquées dans le sombre épisode des « pensionnats indiens », travaillent conjointement dans le cadre de ce programme.

jeudi 28 mai 2009

Scandale de Développement et Paix : le rapport remis le 18 juin

Selon mes sources, le rapport de l'enquête menée par des évêques canadiens sur le travail de l'organisme Développement et Paix au Mexique sera remis le 18 juin à la Conférence des évêques catholiques du Canada (CECC). Le rapport est très attendu chez Développement et Paix puisque les importantes collectes de fonds du Carême ont souffert des accusations portées contre l'organisme cet hiver.

Le 18 juin, c'est plus tard que ce qui avait été initialement estimé. Au début du mois de mai, les évêques responsables de la rédaction du rapport parlaient plutôt de la fin du mois du mai ou du début du mois de juin comme date de remise. Cependant, la date n'était pas arrêtée avec précision. Les évêques avaient indiqué que l'éloignement géographique entre eux constituait un défi dans la rédaction du rapport.

Le rapport sera le fruit du travail conjoint de plusieurs évêques qui ont effectué une visite au Mexique à la fin de l'hiver pour faire enquête sur des doutes émis par certains médias catholiques anglophones sur les liens qu'aurait l'organisme avec des groupes faisant la promotion de l'avortement. Le rapport sera bilingue. Toutefois, les médias et le public ne pourront pas le consulter immédiatement : ils devront attendre au moins quelques jours. Là encore, aucune date n'a été fixée.

Pour en savoir davantage sur cette enquête, voir Enquête sur Développement et Paix

vendredi 1 mai 2009

Enquête sur Développement et Paix : « On n'a pas redécouvert l'Amérique ! »

Le rapport d'enquête sur les activités de Développement et Paix (D&P) au Mexique, l'organisme de la Conférence des évêques catholiques du Canada (CECC), n'est pas encore déposé. Mais il a toutes les chances d'être favorable à l'organisme. Il faudra attendre la fin du mois de mai ou le début du mois de juin pour le voir.

Pour vous remettre dans le contexte : Développement et Paix sous enquête

Le rapport sera écrit par Mgr Currie de Saint-Jean (T-N), Mgr François Lapierre de Saint-Hyacinthe et par Mgr Mario Paquette, secrétaire général de la CECC, des hommes compétents qui ont une connaissance approfondie de l'espagnol et du droit canonique. Ils ont fait le voyage ensemble au Mexique, où ils disent avoir été très bien reçus.

Un voyage utile ?
Pour l'instant, ils ne veulent pas en dire trop sur le contenu du rapport final, mais ils avouent tout de même ne pas avoir fait de découverte majeure... Une réalité parfaitement illustrée par Mgr François Lapierre qui a lancé sur le ton de la rigolade : « On n'a pas redécouvert l'Amérique ! »

Mais blague à part, cela veut essentiellement dire que le voyage au Mexique ne semble pas avoir permis de confirmer les accusations de lifesitenews.com au sujet du soutien à l'avortement. Valait-il la peine de le faire ? Les évêques ont-ils réagi bêtement en « semblant croire » lifesitenews.com ?

Dans les faits, la situation avait pris une telle ampleur dans les provinces anglophones du Canada que les évêques ont été contraints de réagir probablement pour les deux raisons suivantes : sauver la campagne annuelle de D&P et endiguer l'effet domino que cela aurait pu produire, notamment sur leur leadership.

Sauver la collecte annuelle
Chaque année, pendant le Carême, D&P organise une collecte annuelle. Or, suite aux allégations de soutenir des groupes pro-avortement au Mexique, certains diocèses ont réagi fortement. Par exemple, celui de Toronto a gelé l'acheminement de l'argent à l'organisme. Cette collecte annuelle, baptisée Carême de partage, accumule habituellement 10 millions de dollars à travers le Canada, une maigre somme pour l'ampleur de la mission de D&P. L'année 2009 obligera sans doute l'organisme a rationnaliser ses activités puisque la collecte a été nettement moins lucrative que d'habitude.

Endiguer
Le scandale suscité par lifesitenews.com s'est répandu rapidement chez les catholiques canadiens, Internet oblige. Les évêques canadiens devaient tôt ou tard être appelés à réagir, puisque D&P leur est intimement lié. En prenant somme toute assez rapidement les choses en main, ils ont mis fin aux spéculations. Des spéculations qui alimentaient des doutes quant à la qualité du travail de D&P et qui, en nuisant à cet organisme, éclaboussaient les évêques du Canada. Les évêques ont ainsi pu éviter de laisser traîner une situation inconfortable qui mettait non seulement la CECC dans l'embarras au pays, mais également à l'étranger.

mardi 28 avril 2009

Le pape Benoît XVI rencontre une délégation autochtone mercredi

Le pape Benoît XVI rencontre une délégation de représentants autochtones du Canada mercredi, dont le chef national de l'Assemblée des Premières nations, Phil Fontaine. Le Chef national assistera à cette rencontre en compagnie d’une délégation qui comprendra les aînés des Premières Nations et des survivants des pensionnats indiens. La Conférence des évêques catholiques du Canada sera représentée par une délégation de congrégations missionnaires qui ont été présentes dans les pensionnats indiens et par l’archevêque Weisgerber, président de la Conférence des évêques catholiques du Canada.

Alors que certains, dont Phil Fontaine, aimeraient avoir des excuses "officielles" du pape sur la question des pensionnats autochtones, tous demeurent conscients que les problèmes actuels des autochtones du Canada ne seront pas résolus avec de telles excuses et que malgré tout, les relations entre l'Église catholique et les autochtones sont meilleures qu'on le dit.

En septembre 2008, Phil Fontaine prenait la parole lors de l'assemblée plénière annuelle de la Conférence des évêques catholiques du Canada (CECC). C'était la première fois qu'un chef autochtone était ainsi invité par les évêques à s'adresser à eux dans un tel contexte. De l'aveu même de plusieurs évêques qui étaient présents sur place, cela fut un moment fort de leur rencontre. Faisant référence aux abus passés dont ont été victimes plusieurs autochtones canadiens, notamment ceux impliqués dans les sordides histoires des pensionnats, le chef Phil Fontaine a appelé tout le monde à se tourner vers l'avant : "Il est inutile de centrer notre regard sur ce qui a fait défaut dans le passé; nous devons plutôt bâtir à partir de ce qui a bien fonctionné".

Cette invitation faisait suite à une rencontre qui s'était tenue au tout début de l'année 2008. Par voie de communiqué, le chef Phil Fontaine avait alors fait la déclaration suivante à la fin du mois de janvier :

"Pour nous (les Premières Nations), les organisations catholiques sont des alliées dans le cadre du difficile processus de guérison que traversent les survivants des pensionnats indiens et leurs familles. Nous souhaitons continuer de collaborer, à l'échelle communautaire locale, avec les membres des organisations catholiques. La coopération étroite de tous les intervenants est indispensable au succès de la mise en oeuvre de la Commission de vérité et de réconciliation relative aux pensionnats indiens."

Des relations nouvelles
Depuis plusieurs décennies, les relations ont profondément changé entre les peuples autochtones du Canada et l'Église catholique. Cela est dû en grande partie au pape Jean-Paul II. Ce dernier a d'abord rencontré des représentants autochtones à Rome, en 1980, pour la béatification de la première amérindienne d'Amérique du Nord, Kateri Tekakwitha. Par la suite, en prévision de son voyage au Canada en 1984, Jean-Paul II a insisté pour rencontré les autochtones, ce qui sera finalement fait trois fois au cours de son périple. Ainsi, le 18 septembre 1984, il leur adressait la parole dans un message radiophonique.

Dans ce message, il reconnait les fautes de certains missionnaires. Mais il met surtout l'accent sur les droits des autochtones : "Pour vous, une base territoriale dotée de ressources suffisantes est également nécessaire, afin de développer une économie viable pour les générations présentes et futures. Vous devez également être en mesure de mettre en valeur vos terres et votre potentiel économique, d'éduquer vos enfants et de planifier votre avenir".

Le voyage oublié
Beaucoup de Canadiens l'oublient, mais le pape Jean-Paul II est revenu au Canada en septembre 1987 afin de rencontrer à nouveau les chefs et les peuples autochtones à Fort Simpson. Des dires mêmes de son secrétaire personnel, il accordait beaucoup d'importance aux liens avec ces peuples. D'ailleurs, le chef Phil Fontaine faisait mention à la fois du message radiophonique et de ce voyage consacré aux autochtones dans son message de sympathies adressé aux catholiques lors du décès du pape en 2005.

Légalité, responsabilité, excuses
Au Canada, 16 des 70 diocèses ont été impliqués dans ce sombre épisode de l'histoire canadienne qu'est celui des pensionnats autochtones. Légalement, ces diocèses sont individuellement responsables des cas d'abus qui sont survenus. La Conférence des évêques catholiques du Canada et l'Église catholique romaine - et le pape - ne peuvent pas être tenus pour responsables. Autrement dit, ce sont les diocèses et les communautés religieuses impliqués qui doivent avant tout prendre les devants dans le processus de réconciliation. Plusieurs d'entre eux ont choisi de le faire dès le début des années 90 et ont été appuyés dans leurs démarches par la CECC.

Donc, des excuses venant d'autorités ecclésiales autres que celles directement impliquées seraient avant tout symboliques et exprimeraient ainsi une certaine forme de solidarité, mais sans plus.

L'Église, le Canada et le phénomène Ponce Pilate
L'Église catholique gérait 75% des pensionnats autochtones où plusieurs membres des Premières Nations ont été assimilés de force ou humiliés. Les autres Églises qui étaient impliquées se sont toutes excusées officiellement, sauf l'Église catholique. Une situation qui gène l'Assemblée des Premières Nations mais qui ne l'a pas empêché de développer des liens de qualité avec la papauté et l'Église catholique canadienne.

La semaine dernière, plusieurs médias du Québec laissaient transparaître leur mépris de cette situation (le manque d'excuses) mais ignoraient du même coup le reste du portrait illustré très succintement ci-haut.

Le grand gagnant de cette affaire semble pour l'instant être le gouvernement canadien. Ce dernier a pendant de longues années demandé aux communautés religieuses de s'occuper de ces pensionnats, tout en appliquant une loi dont même le nom encore actuel - Loi sur les Indiens (ce qui est quand même moins grave que deux autres noms qu'elle a déjà eu : Loi sur les sauvages (1876) et Acte relatif aux sauvages (1880))- laisse transpaître tout le mépris latent que la classe politique canadienne a encore envers les peuples autochtones. Alors que la population canadienne est généralement prompte à dénoncer les abus de l'Église catholique, elle l'est moins avec le traitement du gouvernement fédéral envers les autochtones. Pendant ce temps, le gouvernement semble se désengager au maximum, ne sachant comment concilier aide et respect de l'autodétermination autochtone. Une situation dont il s'accommode bien en se lavant les mains.

Des peuples à la croisée des chemins
Alcool, drogue, suicide, décrochage scolaire, violence, faible espérance de vie, faible taux de scolarité : ce ne sont pas les défis qui manquent sur plusieurs réserves autochtones du Canada. Des situations qui ont tout du cercle vicieux entretenu par la pauvreté. Des défis hautement plus importants que les excuses "officielles" souhaitées par plusieurs autochtones.

Par contre, excuses ou non, la situation sera toujours la même sur les réserves si ces peuples ne se prennent pas en main. Si de telles excuses sont une nécessité pour les aider à se prendre en main, alors que l'Église s'excuse. Mais l'Église à déjà fait son choix : travailler main dans la main avec les autochtones, soutenir leurs révendications et les aider de manière concrète, à travers un travail de terrain, à développer un avenir moins sombre pour la jeunesse autochtone. Une tâche où elle excelle nettement plus que le gouvernement canadien par les temps qui courent...

mercredi 15 avril 2009

Développement et Paix sous enquête

L'organisme Développement et Paix fait présentement l'objet d'une enquête de la part de la Conférence des évêques catholiques du Canada (CECC). Cela fait suite à des dénonciations publiques faites d'abord par le site Internet LifeSiteNews.com, et reprises par The Catholic Register, un journal qui appartient à l'archidiocèse de Toronto. Selon ces sources, Développement et Paix achemirerait de l'argent à des organisations qui font la promotion de l'avortement, notamment au Mexique où cinq groupes auraient été identifiés.

Au moment où ces allégations ont été publiées en mars, Développement et Paix a immédiatement répondu en réfutant ces allégations sur un ton sans équivoque. Mais devant l'ampleur que prenait l'affaire, l'organisme s'est senti pressé d'offrir de plus amples détails pour rassurer les catholiques canadiens.

La CECC a donc dépêché au Mexique deux évêques, Mgr Martin W. Currie, archevêque de St. John’s, à Terre-Neuve, et Mgr François Lapierre, P.M.É., évêque de Saint-Hyacinthe, au Québec. Du 15 au 18 avril, ils devront vérifier si Développement et Paix finance effectivement des organisations qui promeuvent l'avortement. Ils devront notamment vérifier si les allégations suites aux enquêtes "journalistiques" menées par LifeSiteNews se basent sur des faits vérifiés et contre-vérifiés ou si elles sont, comme l'affirme Développement et Paix, le fruit d'un travail bâclé, voire biaisé.

L'affaire a fait réagir passablement de catholiques dans les provinces anglophones du Canada, mais fait peu de vagues au Québec pour l'instant.

Une enquête sur un fil de fer
L'enquête débute à peine, et déjà elle est mise en doute. Premièrement, certains auraient souhaité voir des enquêteurs neutres se rendre au Mexique. Au moindre faux pas, la crédibilité de la démarche sera remise en question par les mêmes groupes pro-vie qui ont alimenté cette affaire. Deuxièmement, le degré de préparation des évêques sélectionnés est-il adéquat pour la tâche d'observation sur le terrain ? Mgr Lapierre, par exemple, se sentira rapidement à l'aise, lui qui parle bien espagnol. Mais après les nombreuses obligations du triduum pascal et les funérailles de son évêque émérite, Mgr Albert Sanschagrin, célébrées la veille de son départ, a-t-il eu suffisamment de temps pour approfondir le sujet, pour bien prendre connaissance des enjeux et des forces en présence ? On le lui souhaite.

Développement et Paix en furie
Quant à l'organisme Développement et Paix, il est en furie : il réfute catégoriquement ces allégations. Il sait de toute manière qu'il peut dire adieu à une bonne partie de son financement si jamais on prouve qu'il a financé, volontairement ou non, des groupes faisant la promotion de l'avortement. Plusieurs catholiques, surtout anglophones - et les Chevaliers de Colomb en tête - ne leur pardonneraient pas et se sentiraient trompés.

De plus, plusieurs dirigeants de Développement et Paix se demandent s'il n'y aurait pas anguille sous roche puisque ces allégations coïncidaient avec le Carême, l'occasion pour Développement et Paix de procéder à sa campagne annuelle Carême de partage qui permet de récolter annuellement environ 10 millions de dollars à travers le pays.

L'affaire est à suivre.