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mercredi 9 septembre 2009

L'héritage de la visite de Jean-Paul II au Canada

Le 9 septembre 1984, le pape Jean-Paul II débarquait à Québec et débutait son voyage apostolique de 12 jours au Canada. De Sainte-Anne-de-Beaupré à Montréal, des milliers de catholiques ont suivi à la trace le périple du pape polonais dans la partie québécoise de sa visite, en faisant ainsi la visite d'un chef d'État la plus suivie dans l'histoire du pays. Vingt-cinq ans plus tard, face aux défis de décroissance de l'Église catholique au Québec, une question se pose : que reste-t-il de son passage, de ses discours et de la ferveur des foules ?

Le moins que l'on puisse dire, c'est que peu de médias s'intéressent à cette affaire. Les grands médias, dont ceux financés par les deniers publics, effleurent à peine le sujet, alimentant d'autant plus la question de l'héritage du passage de Jean-Paul II.

Mais cette peur de voir son séjour sombrer dans l'oubli n'est pas récente. Dès le lendemain de son départ, plusieurs prêtres ont eu l'impression que tout redevenait « normal », comme s'il n'était jamais venu. Un curé montréalais me faisait remarquer aujourd'hui, brandissant le recueil des interventions publiques de Jean-Paul II au Canada en 1984, que le clergé québécois n'a jamais pris la peine d'analyser en profondeur le contenu de ces textes avec un peu de recul.

Précurseur
Or justement, à la lecture des discours du pape au Québec, il est étonnant de voir à quel point il a touché tous les éléments clés qui allaient alimenter les débats sociaux au Québec dans les années à venir : famille, individualisme, matérialisme, abandon de la foi, relations entre foi et raison, et entre religion et État. Dans son homélie à l'Université Laval, il disait ceci :

« La culture - et de même l’éducation qui est la tâche première et essentielle de la culture - est la recherche fondamentale du beau, du vrai, du bien qui exprime au mieux l’homme, comme “le sujet porteur de la transcendance de la personne”, qui l’aide à devenir ce qu’il doit “être” et pas seulement à se prévaloir de ce qu’il “a” ou de ce qu’il “possède”. Votre culture est non seulement le reflet de ce que vous êtes, mais le creuset de ce que vous deviendrez. Vous développerez donc votre culture d’une façon vivante et dynamique dans l’espérance, sans peur des questions difficiles ou des défis nouveaux; sans pour autant vous laisser abuser par l’éclat de la nouveauté, et sans laisser s’installer un vide, une discontinuité entre le passé et l’avenir; autrement dit, avec discernement et prudence, et avec le courage de la liberté critique à l’égard de ce qu’on pourrait appeler “l’industrie culturelle”; surtout avec le plus grand souci de la vérité. »

À Sainte-Anne-de-Beaupré, il a souligné à quel point les Amérindiens comptent parmi les plus pauvres de la société. Il n'a pas tu les relations difficiles entre les Blancs et les peuples des Premières Nations.

Au stade olympique, il a exhorté les jeunes à prendre garde aux paradis artificiels. Ses références aux problèmes économiques sont encore d'actualité aujourd'hui. Après tout, le stade olympique, ce n'était pas seulement Céline Dion...

À bien des égards, Jean-Paul II avait su déterminer les grandes questions qui allaient se poser au Québec.

La question autochtone
La question autochtone est, en rétrospective, l'un des plus grands accomplissements de Jean-Paul II au Canada. N'ayant pu se rendre rencontrer certains peuples des Premières Nations dans le Nord en 1984, il a insisté pour revenir le faire quelques années plus tard après un voyage aux États-Unis. D'ailleurs, il ne fallait pas oublier ce voyage en lui parlant du Canada ! Il se faisait un point d'honneur de le rappeler à son interlocuteur. Idem pour son entourage : dans le cadre d'une entrevue que je faisais avec le cardinal Stanislaw Dziwisz, qui fut le secrétaire personnel de Jean-Paul II pendant 40 ans, je lui demandais ce qui l'avait le plus frappé lors de la visite du pape. Sa réponse ? « - Laquelle au juste ? »

Anecdote à part, il faut savoir que le pape polonais insistait fortement sur la notion d'autodétermination des peuples autochtones. Il était devenu presque ironique, au milieu des années 80, de voir que certains des messages d'espoir les plus sentis venaient de la plus haute autorité de l'Église catholique, l'Église même dont trop de diocèses et de communautés religieuses avaient administré de façon honteuse les « pensionnats autochtones » pendant des années.

L'héritage de cette insistance de Jean-Paul II envers le respect des autochtones au Canada a culminé cette année alors que Phil Fontaine, alors Chef national de l'Assemblée des Premières Nations (APN) s'est rendu à Rome avec Mgr James Weisgerber, le président de la Conférence des évêques catholiques du Canada (CECC). Ensemble, ils ont rencontré le pape Benoît XVI. Cela est venu marquer un point tournant dans la « normalisation » des bonnes relations entre l'APN et la CECC. Regrettant le passé, chacun s'est engagé à regarder conjointement vers l'avant.

Un travail de compréhension à faire
Quelle importance accorder à ce voyage papal ? Vingt-cinq ans plus tard, la question se pose comme au lendemain du départ du pape.

Les sujets d'actualité ont tendance à paraître importants lorsque tout le monde en parle pendant des années. Or, qui a parlé du voyage du pape au Québec ? À part des collections d'anecdotes personnelles et des plaques sur des bâtiments, qu'est-ce que l'Église du Québec a trouvé à dire à ce sujet depuis 1984 ?

Autrement dit, faut-il vraiment s'étonner que les médias n'en parlent pas ?

jeudi 21 mai 2009

Abus d'enfants : rapport accablant pour l'Église catholique en Irlande


Un rapport accablant pour l'Église catholique vient d'être publié en Irlande. Comprenant cinq volumes et faisant environ 2500 pages, il cherche à faire la lumière sur les cas d'abus sexuels, physiques et psychologiques dont ont été victimes des milliers d'enfants confiés à diverses institutions de l'Église.

Les auteurs du rapport gouvernemental couvrent une vaste période : de 1936 jusqu'aux années 1990. Les enfants victimes étaient pris en charge dans des orphelinats, des écoles de réforme et des institutions d'éducation ou de soins gérés par des communautés catholiques.

Honte nationale
Les mots manquent présentement en Irlande pour qualifier le sentiment de honte éprouvé tant par l'Église catholique que par le gouvernement, qui agissait en tant que complice dans cette affaire. En fait, ce n'est que suite à de nombreux reportages et documentaires réalisés au cours des années 90 en Irlande que ces nombreux cas d'abus ont été dévoilés au public. En 1999, le premier ministre a été obligé de s'excuser pour les torts commis et a ordonné qu'une commission d'enquête soit créée. Le rapport présenté cette semaine est le fruit de cette commission. Elle a eu besoin de neuf ans pour compléter son travail.

Au total, 35 000 enfants ont côtoyé les institutions visées dans le rapport. Parmi ce nombre, environ 14 500 enfants ont subis des abus. 12 000 d'entre eux ont déjà été dédommagés, pour un montant total qui avoisine le milliard d'euros.

Un article publié dans The Irish Times intitulé The savage reality of our darkest days exprime avec éloquence la profondeur du malaise dans la société irlandaise :

"THE REPORT of the Commission to Inquire into Child Abuse is the map of an Irish hell. It defines the contours of a dark hinterland of the State, a parallel country whose existence we have long known but never fully acknowledged. It is a land of pain and shame, of savage cruelty and callous indifference."

Quant à l'Église d'Irlande, plusieurs évêques ont réagi, dont le primat, le cardinal Sean Brady :

"It documents a shameful catalogue of cruelty: neglect, physical, sexual and emotional abuse, perpetrated against children. I am profoundly sorry and deeply ashamed that children suffered in such awful ways in these institutions. Children deserved better and especially from those caring for them in the name of Jesus Christ."

Ce n'est que le début
Il va sans dite que l'image de l'Église catholique en Irlande est profondément salie. Et pour cause : le rapport démontre que les autorités ecclésiales savaient ce qui se passait, mais qu'elles préféraient fermer les yeux, avec la complicité du gouvernement.

Or, cette situation n'est sans doute que le début d'un long processus de contrition pour l'Église irlandaise : dans quelques semaines, un autre rapport qui promet d'être tout aussi accablant - de l'aveu même des évêques - viendra faire la lumière sur des cas d'abus sexuels et physiques commis par le clergé dans le diocèse de Dublin entre 1975 et 2004.

Et Rome ?
Le pape Benoît XVI a déjà abordé la question de ces abus lors de la visite ad limina des évêques irlandais en octobre 2006 :

"Dans l'exercice de votre ministère pastoral, au cours des dernières années, vous avez dû faire face à de nombreux cas douloureux d'abus sexuels sur des mineurs. Ces faits sont encore plus tragiques lorsque c'est un ecclésiastique qui les commet. Les blessures causées par de tels actes sont profondes, et la tâche de rétablir la confiance lorsqu'elle a été lésée est urgente. Dans vos efforts permanents pour affronter ce problème de manière efficace, il est important d'établir la vérité sur ce qui est arrivé par le passé, de prendre toutes les mesures nécessaires pour éviter que cela ne se reproduise à l'avenir, d'assurer que les principes de justice soient pleinement respectés et, surtout, de soutenir les victimes et tous ceux qui sont victimes de ces crimes monstrueux."

Benoît XVI, au moment où il était à la tête de la Congrégation pour la doctrine de la foi, avait décidé d'instaurer une politique de tolérance zéro à l'endroit de tels comportements. Aujourd'hui, le Vatican gère cette affaire en respectant la compétence locale des évêques d'Irlande.

mardi 12 mai 2009

Voyage du pape en Terre Sainte : il n'y en aura pas de facile

Alors que le pape Benoît XVI a été au coeur de plusieurs controverses médiatiques au cours des derniers mois, son voyage en Terre Sainte tranche avec les récentes défaillances vaticanes. Jusqu'à présent, il a réussi un parcours quasiment sans faute, sur un terrain miné.

Ce voyage comporte plusieurs objectifs à moyen et long terme pour Benoît XVI et l'Église catholique. Le premier objectif consiste à encourager - ou raffermir dans la foi, pour employer un vocabulaire plus juste - les chrétiens de Terre Sainte. Depuis plusieurs années, ceux-ci ont tendance à quitter cette région pour aller s'installer ailleurs. Le pourcentage de chrétiens a donc drastiquement diminué. Une telle situation s'observe également en Irak, où les chrétiens fuient les tensions et les violences.

Lorsqu'on se penche sur les textes des interventions faites par le Vatican au sujet du Proche-Orient, force est d'admettre que Rome a généralement un message de paix à livrer à cette région du monde. Tant qu'il y aura des chrétiens, le pape pourra se prononcer en toute légitimité sur les conflits qui s'y déroulent et sur la recherche d'une paix stable. Bien entendu, des raisons historiques et religieuses - lieux saints - poussent également le Vatican à encourager les chrétiens à rester sur place.

Améliorer le dialogue avec l'Islam et le judaïsme
Le second objectif que Rome poursuit dans ce voyage papal consiste à tisser des liens plus étroits entre les trois grandes religions monothéistes. Depuis l'élection de Benoît XVI, celles-ci ont souvent été mises à mal. En ce qui concerne les musulmans, c'est une occasion en or pour le pape de faire oublier son discours de Ratisbonne qui avait suscité tant de colère dans le monde islamique. Son passage à la grande mosquée de Amman samedi dernier a été l'occasion d'avoir un dialogue franc avec les musulmans. Les hôtes du pape ne se sont pas gênés pour lui rappeler ce discours de Ratisbonne, mais l'accent demeurait nettement centré sur la nécessité de regarder vers le présent et l'avenir.

Avec les juifs, le dialogue est complexe et riche en tensions, mais aussi en défis. Avant Benoît XVI, Paul VI et Jean-Paul II se sont rendus en Terre Sainte. Ils héritaient déjà en cela de l'ouverture plus grande au dialogue judéo-chrétien que le pape Jean XXIII souhaitait instaurer. La question du pape Pie XII et de son attitude pendant la Seconde guerre mondiale n'a pas été soulevée très souvent jusqu'à maintenant, ce qui sert bien le Vatican. Mais l'affaire Williamson et la prière du Vendredi Saint demeurent encore des épées de Damoclès suspendues au-dessus des relations judéo-chrétiennes. En Israël, les autorités tant politiques que religieuses sont ouvertement divisées face à cette venue de Benoît XVI. Ce dernier a donc misé sur une valeur sûre, histoire de dissiper tout doute : la condamnation de l'antisémitisme. Mais même cette condamnation sans équivoque ne fait pas l'unanimité.

Il n'y en aura pas de facile
Cette expression consacrée du monde du sport s'applique à merveille à ce voyage. Après un début d'année 2009 semé d'embûches, voire de chutes, le pape semble cette fois en voie de réaliser un parcours sans faute... ou presque.

Toutefois, il est attendu dans le dernier droit : quelques médias ont repris certaines vieilles histoires au cours des 48 dernières heures. L'Agence France-Presse publiait par exemple un article sur les liens du pape Benoît XVI avec le nazisme. D'autres articles ont tenté de relancer la polémique autour de Pie XII, mais n'y sont pas parvenus. D'autres encore mettent l'accent sur le manque d'unanimité autour du voyage du pape en Terre Sainte (ce qui ne constitue par vraiment une nouvelle en soi, puisqu'une telle unanimité est impensable, d'une part, et largement connue, d'autre part). Bref : on lance des pétards mouillés.

Il faut dire que contrairement à l'Afrique où il était aisé de réduire la visite papale à une question de préservatifs, cette visite en Terre Sainte survient dans un coin du monde où tourner les coins ronds n'est pas conseillé. Devant l'ampleur de la complexité historique, politique et religieuse, on a l'impression cette semaine que les médias évitent de trop s'aventurer. Plusieurs demeurent cependant à l'affût du moindre faux pas, une position d'attente qui laisse cependant le champ libre au contenu et au dialogue, pour le plus grand bien des initiatives de paix.

vendredi 24 avril 2009

En attendant le mois de mai : visite en Terre Sainte

Deux événements retiendront l'attention dans l'actualité religieuse au cours du mois de mai : la visite du pape en Terre Sainte et la sortie du films Angels & Demons au cinéma. À la lumière des polémiques des derniers mois, une question se pose d'emblée : faut-il s'attendre à d'autres tollés médiatiques ?

Le pape Benoît XVI se rendra en Terre Sainte du 8 au 15 mai (d'un vendredi à l'autre). Il visitera à cette occasion la Jordanie, Israël et les Territoires palestiniens. Il sera d'abord en Jordanie du 8 au 11 mai où il visitera l'une des plus grandes mosquées du monde à Amman, la capitale. La Jordanie compte environ 6,2 millions d'habitants. De ce nombre, à peine 6% sont chrétiens, surtout grec-orthodoxes. Les catholiques ne représentent vraiment qu'une petite minorité. Ce sont les musulmans sunnites qui constituent l'essentiel de la population (92%).

Les moments forts de sa visite papale en Jordanie seront son passage dans cette mosquée et sa visite du mont Nébo, le mont d'où Moïse aurait aperçu la Terre promise par Dieu avant de mourir (Dt 34).

Par la suite, le Saint-Père se rendra en Israël jusqu'à la fin de son voyage. En Israël, il visitera l'Esplanade des mosquées, le Mur des Lamentations et le mémorial de Yad Vashem. Il ne sera qu'une journée dans les Territoires palestiniens, le 13 mai. Il aura alors un message délicat à livrer aux chrétiens palestiniens qui font souvent les frais d'un conflit qui les éclabousse.

Yad Vashem, le moment clef
Son passage au mémorial de Yad Vashem pourrait être le moment clef de cette visite. Il s'agit du mémorial à la mémoire des juifs morts pendant la Shoah qui a été créé en 1953. Or, à l'intérieur de ce mémorial se trouve une photo du pape Pie XII dont la légende explicative évoque un manque de protestation au sujet des massacres des populations juives d'Europe. Le texte de cette légende a été au coeur de plusieurs controverses répétées au cours des dernières années. Pour l'instant, Benoît XVI a indiqué qu'il irait à Yad Vashem mais qu'il ne visiterait pas la salle contenant la photo de Pie XII.

Nouveau voyage, même rengaine
Mais peu importent les détails de sa visite au mémorial : ce sont les relations judéo-chrétiennes qui seront au coeur de cette visite, avec tout ce que ça peut comprendre comme dérapages possibles.

Essentiellement, le Vatican et sa salle de presse seront de nouveau confrontés à la dite « légende noire » du pape Pie XII, aux accusations d'antisémitisme latent, aux accusations de soutenir des discours négationnistes (en référence à l'affaire Williamson de janvier dernier), aux reproches d'avoir assisté à la conférence Durban II sur le racisme qui avait lieu cette semaine (qui a été boycottée par plusieurs pays en raisons des accusations qui allaient être portées contre l'État d'Israël dans le conflit israélo-palestinien) et, bien sûr, au mécontentement que suscite la fameuse prière pour la conversion des juifs.

Bref, le terrain est glissant. Mais comme ce ne sont pas de nouveaux reproches, le père Lombardi et sa salle de presse ont théoriquement toutes les réponses déjà prêtes. Mais croyez-moi qu'en attendant le mois de mai, ils auraient intérêt s'affairer à les bonifier...

lundi 20 avril 2009

Le pari de Benoît XVI, quatre ans plus tard

Le 19 avril marquait le quatrième anniversaire de l'élection du pape Benoît XVI. C'est l'occasion de regarder un peu les grandes orientations prises par ce pape depuis 2005. Alors que les récentes polémiques peuvent laisser croire qu'il connaît un pontificat catastrophique, c'est surtout l'occasion de casser quelques mythes entourant l'éternel comparatif entre lui et son prédécesseur Jean-Paul II.

Jean-Paul II vs. Benoît XVI ?
Le pape polonais a marqué le rôle du souverain pontife de manière exceptionnelle. Même s'il était parfois contesté au sein même de l'Église et dans les médias, sa figure historique tend à prendre une tangente positive depuis son décès. La tentation de la comparaison est grande avec Benoît XVI. Et si l'on s'en tient aux propos de certains analystes, le pape actuel serait nettement moins aimé que Jean-Paul II, qui lui serait préféré en raison de son charisme avec les foules.

Il faut d'abord se rappeler que l'élection de Benoît XVI marque une continuité avec le pontificat de Jean-Paul II. Le cardinal Ratzinger était très proche de son pape, tant dans le travail que dans la doctrine. Ils ont certainement un style différent, mais également une continuité plus grande qu'il n'y parait.

Charisme
Jean-Paul II déployait une grande énergie avec les foules. Même affaibli par la maladie, il savait encore étonner. Il est toutefois erroné de croire que le pape Benoît XVI souffrirait d'un manque de charisme comparativement à Jean-Paul II. Le charisme de Benoît XVI se trouve dans son message. On lui reconnaît certes ses qualité de théologien et d'intellectuel, mais on oublie souvent ses qualité de communicateur pour transmettre la profondeur de sa pensée théologique. N'oublions pas que Ratzinger a côtoyé tout au long de sa vie les plus grands théologiens du XXe siècle : Küng, Rahner, Congar, De Lubac etc.

Jean-Paul II brillait par le ton, par sa capacité théâtrale à émouvoir ou ébranler les foules. Benoît XVI fascine par sa capacité à rendre accessible à des milliers de personnes à la fois un message souvent complexe, remplit de nuances. Le fait qu'il soit souvent mal cité, ou plutôt cité de manière incomplète, découle justement du fait qu'il ne pense pas ses interventions en fonction de petites phrases « punch » mais plutôt en les organisant autour d'un système de pensée. Les foules l'aiment car elles ont l'impression de comprendre un nouvel aspect de leur foi lorsqu'il leur parle. Benoît XVI parle de Dieu à un monde qui cherche présentement à redéfinir ses répères, et il le fait de façon complète et sans raccourci. À cet égard, il est parfois plus facile à suivre que son prédécesseur.

Tradition
Depuis quatre ans, les détracteurs de Benoît XVI voient en lui le pourfendeur de la réforme entreprise par le Concile Vatican II. Son apparent « retour en arrière » sur la liturgie en latin, ses « concessions » aux plus radicaux de l'Église et son caractère trop doctrinal sont agités pour lui coller une image de rétrograde. Or, c'est justement parce qu'il se préoccupe du Concile Vatican II et de son héritage qu'il entreprend ces actions. Ratzinger comprend très bien ce qu'est Vatican II et son impact. Comme ce fut souvent le cas dans l'histoire de l'Église - et il n'y a rien de surprenant dans cette façon de faire - Benoît XVI rétablit ce qu'il juge être la ligne que doit suivre l'héritage de ce concile. Aux abus d'une liturgie dont il juge les écarts inefficaces - pensons à certaines messes « à gogo » au Québec - il propose un redressement. Aux catholiques qui rejettent en masse les acquis de Vatican II, il offre une oreille et un dialogue.

Fait-il bonne route ?
Benoît XVI fait le pari de l'unité et de la consolidation à long terme, et pour cela il semble faire des concessions. Par contre, ces concessions ne sauraient être assimilées à une faiblesse de sa part. Pour lui, certains théologiens avec lesquels il travaillait jadis sont allés trop loin. Pour lui, Vatican II doit être une évolution dans la tradition de l'Église, et non une rébellion contre deux millénaires. Il continue en ce sens l'oeuvre de Jean-Paul II.

La vraie question qu'il faut alors se poser après quatre ans de pontificat est plutôt celle de savoir si cette stratégie est la bonne. On l'a vu au Québec, plusieurs catholiques sont déçus de cette façon de procéder. Idem ailleurs dans le monde, notamment en France, en Suisse, en Belgique et en Allemagne. Par contre, malgré la controverse et les quelques prises de distance, Benoît XVI semble pour l'instant gagner son pari de s'attirer les sympathies d'une majorité de catholiques partout dans le monde.