Revenant sur le scandale qui a ébranlé l'organisme catholique Développement et Paix cet hiver et sur l'enquête commandée par la Conférence des évêques catholiques du Canada (CECC), son président, Mgr James Weisgerber a déclaré « qu'il n'y a pas de fondement à ces allégations ». Le président de la CECC faisait ainsi référence aux articles publiés sur le site Internet pro-vie lifesitenews.com qui accusaient Développement et Paix (D&P) de soutenir financièrement des organismes mexicains faisant la promotion de l'avortement, ce qui va à l'encontre de la doctrine catholique.
« La délégation [d'enquêteurs dépêchés par la CECC] n'a trouvé aucun fondement aux allégations [de lifesitesnews.com] », a indiqué Mgr Weisgerber. Il tient à rassurer les catholiques canadiens sur la qualité du travail effectué par D&P, l'organisme pour le développement et la paix de l'épiscopat canadien : « On peut assurer les gens qu'il n'y a pas d'argent qui a été dépensé pour promouvoir l'avortement, ni par D&P, ni par les cinq groupes [mexicains mis en cause par lifesitenews.com] », a assuré l'archevêque de Winnipeg.
Mgr Weisgerber a fait ces déclarations vendredi dernier à l'émission Zoom sur la chaîne télévisée catholique Salt & Light basée à Toronto. Cependant, de tels propos en ont surpris plus d'un.
Procédure habituelle
Jeudi dernier (18 juin), le Conseil permanent de la CECC recevait le rapport des enquêteurs dépêchés au Mexique. Dans l'après-midi, une rencontre a eu lieu entre le Bureau de direction de la CECC et celui de D&P. Cette rencontre servait surtout à parler de la démarche générale.
Jeudi dernier, on refusait d'accorder des entrevues au sujet de ce rapport. La raison était fort simple : le rapport des enquêteurs de la CECC doit d'abord être envoyé aux évêques canadiens, qui doivent en prendre connaissance. C'est la façon de procéder à la CECC. Par la suite, il peut être rendu public, notamment sur le site Internet de la conférence.
Cependant, les informations en provenance de la conférence épiscopale divergent : selon le président, il ne sera pas accessible au public et aux médias avant encore deux ou trois semaines. Du côté du service des communications, on parle plutôt de quelques jours, peut-être même d'ici la fin de la semaine. Seul le temps le dira.
Mais jeudi dernier, le mot d'ordre était simple et clair : aucun commentaire ne sera fait aux médias avant la publication du rapport.
La sortie de Mgr Weisgerber
Or, dès le lendemain, la chaîne câblée Salt & Light reçoit Mgr James Weisgerber. D'emblée, il dévoile l'essentiel du rapport. Il n'entre pas dans le fin détail des conclusions et des recommandations, mais le pavé est lancé et Développement et Paix est blanchi.
Mais que penser d'une conférence épiscopale dont même le président n'observe pas le mot d'ordre d'attendre que le rapport soit rendu public ? Était-ce volontaire de sa part ?
En tant que président, il peut certes faire comme bon lui semble. Mais si l'objectif d'attendre avant de commenter est d'éviter de mettre les catholiques canadiens mal à l'aise, c'est raté. Les gens déçus par la décision ont déjà commencé à faire connaître leur mécontentement à la CECC, tout particulièrement ceux qui sont en faveur du point de vue de lifesitenews.com. Quant aux gens de Développement et Paix, ils se réjouissent, mais ne savent pas encore vraiment pourquoi.
Les propos de Mgr Weisgerber vendredi dernier sont également survenus une journée où les bureaux de la CECC étaient fermés. Pourquoi ? Parce que les employés étaient en pique-nique. Donc pour demander des explications aux principaux intéressés, c'est loupé. Mauvais timing, voilà tout.
C'est le Pérou !
Dès lundi, lifesitenews.com répliquait sur son site en présentant de « nouvelles preuves » contre Développement et Paix. Mais cette fois, l'affaire sort largement des frontières canadiennes : même Radio-Vatican a repris une nouvelle largement diffusée sur le site de lifesitenews.com au sujet d'une lettre écrite par l'épiscopat péruvien à l'épiscopat canadien au sujet de l'avortement. L'affaire semble prendre de l'ampleur au lieu de se résorber. La stratégie de gestion de crise choisie par la CECC ne semble pas fonctionner. Au contraire, la conférence épiscopale canadienne pourrait désormais avoir à se justifier aux évêques péruviens.
Malgré tout, la CECC refuse encore de commenter et tient mordicus à attendre que tous les évêques aient pris connaissance du rapport. Il s'agit d'un choix respectable et tout à fait justifiable. Mais plus les jours passent, et plus les questions sont nombreuses et gênantes : comment la CECC en est-elle arrivée là ? Pourquoi un site comme lifesitenews.com a-t-il réussi à avoir autant de crédibilité aux yeux des évêques ? Pourquoi la rédaction de ce rapport a-t-elle été si longue ? Pourquoi avoir choisi de faire une enquête alors qu'on savait d'avance que ses conclusions seraient rejetées par ceux qui critiquent le travail de Développement et Paix ? Que doit-on penser après tout cela du leadership au sein de l'épiscopat canadien ?
Pendant que l'affaire enfle, les conclusions du rapport arriveront en plein été, pendant les vacances et les beaux jours. Les réponses de l'épiscopat canadien risquent de laisser bien des gens indifférents.
Mauvais timing ? C'est sans doute ça...
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mardi 23 juin 2009
mardi 19 mai 2009
[Édito] Église et communications : les petits combats qui font mal
L'Église catholique québécoise ne le sait que trop bien : son message passe difficilement dans les médias. Que ce soit le choix du sujet, l'angle retenu ou la prise de position éditoriale, le traitement réservé à l'Église agace plusieurs catholiques. Mais si d'un côté le service de presse du Vatican a fait son mea culpa suite aux défaillances qu'il a connu au début de l'année 2009 et affirme avoir appris la leçon, peut-on en dire autant de l'Église au Québec ? Voici deux exemples qui illustrent parfaitement que dans la guerre des communications, l'Église du Québec perd trop souvent ses combats pour réellement changer son image.
Montée jeunesse : il y a quelqu'un ?
La Montée jeunesse, un événement de grande ampleur axé sur - son nom l'indique - la jeunesse chrétienne, avait lieu à Québec la fin de semaine de la Fête des Patriotes. Le diocèse a fait un effort pour diffuser certains événements en direct sur Internet. Mais dans les médias (ceux que les gens consultent vraiment), les articles qui frappent le plus sont ceux publiés dans le journal Le Soleil par un jeune journaliste qui n'a jamais caché ses réticences face à l'Église catholique. Son article fait le lien - et c'est un choix journalistique intelligent - entre l'homélie "pro-vie" du cardinal Ouellet pendant cette fin de semaine et sa présence à une manifestation pro-vie sur la Colline parlementaire la semaine dernière. Quelques mots à peine portent sur la Montée jeunesse en tant qu'événement de foi. Si l'intention était de faire rayonner l'événement pour son contenu, c'est raté, du moins auprès du principal journal de Québec.
Souhaitant avoir un autre point de vue, je cherchais aujourd'hui à joindre les organisateurs de la Montée jeunesse pour savoir quel bilan tirer de la fin de semaine. Mais je ne me doutais pas que ce serait si compliqué.
En contactant le poste 201 au diocèse (tel qu’indiqué sur le site de la Montée jeunesse), on tombait, en ce mardi matin, sur une boîte vocale qui nous renvoie à un autre numéro, à l’Université Laval. En composant ce second numéro, une autre boîte vocale nous indique que le numéro à composer pour parler aux organisateurs de la Montée jeunesse est en fait un troisième numéro, encore différent. Or, à ce numéro, on apprend qu’on vient d’appeler une dame qui ne donne que son prénom, sans mentionner si c'est bel et bien le numéro pour parler aux organisateurs de la Montée jeunesse. Trois numéros, et rien.
Finalement, impossible de tomber sur les organisateurs en ce mardi matin. Impossible donc d'avoir leur point de vue sur l'activité de la fin de semaine. Impossible d'avoir leurs réactions aux articles publiés dans Le Soleil.
Laisser les autres parler de soi : refus de commenter
Le deuxième exemple concerne la vente d'un bâtiment de l'Église catholique sur le territoire québécois. Le nom du diocèse est tu ici, mais l'exemple n'y perd pas de son éloquence.
Le site Internet de la Société Radio-Canada faisait récemment état de la vente prochaine d'un bâtiment important dans un diocèse. Les gens du diocèse en question ne sont pas cités dans la nouvelle. Donc, pour entendre ce qu'ils ont à dire de cette nouvelle qui les concerne directement, j'appelle les bureaux. Là, non seulement on ne veut pas commenter - ce qui peut être compréhensible - mais on me fait également comprendre que mes appels - en moyenne une fois par mois - sont trop fréquents pour demander de l'information (!)
La perte des petits combats qui font mal
Le journaliste n'a pas grand-chose à perdre d'une confusion dans l'organisation des communications ou quand les gens refusent de commenter. Et c'est bien là le problème. Car il continuera de commenter de toute manière : il n'a pas le choix, c'est son métier. Mais chaque fois que les défaillances dans l'organisation des communications se transforment en silence, les gens, inculant les journalistes, n'ont pas le choix de se retourner vers les sources possibles d'informations, même si ces sources risquent d'aborder la question de manière "négative".
Les deux exemples ci-haut montrent comment, tous les jours, dans de petits détails communicationnels, l'Église catholique au Québec perd ses combats, incapable de tenir une ligne de front, d'y placer des idées et de les rendre indélogeables. Pas étonnant, cette Église, qu'elle trouve son image si difficile à changer...
Montée jeunesse : il y a quelqu'un ?
La Montée jeunesse, un événement de grande ampleur axé sur - son nom l'indique - la jeunesse chrétienne, avait lieu à Québec la fin de semaine de la Fête des Patriotes. Le diocèse a fait un effort pour diffuser certains événements en direct sur Internet. Mais dans les médias (ceux que les gens consultent vraiment), les articles qui frappent le plus sont ceux publiés dans le journal Le Soleil par un jeune journaliste qui n'a jamais caché ses réticences face à l'Église catholique. Son article fait le lien - et c'est un choix journalistique intelligent - entre l'homélie "pro-vie" du cardinal Ouellet pendant cette fin de semaine et sa présence à une manifestation pro-vie sur la Colline parlementaire la semaine dernière. Quelques mots à peine portent sur la Montée jeunesse en tant qu'événement de foi. Si l'intention était de faire rayonner l'événement pour son contenu, c'est raté, du moins auprès du principal journal de Québec.
Souhaitant avoir un autre point de vue, je cherchais aujourd'hui à joindre les organisateurs de la Montée jeunesse pour savoir quel bilan tirer de la fin de semaine. Mais je ne me doutais pas que ce serait si compliqué.
En contactant le poste 201 au diocèse (tel qu’indiqué sur le site de la Montée jeunesse), on tombait, en ce mardi matin, sur une boîte vocale qui nous renvoie à un autre numéro, à l’Université Laval. En composant ce second numéro, une autre boîte vocale nous indique que le numéro à composer pour parler aux organisateurs de la Montée jeunesse est en fait un troisième numéro, encore différent. Or, à ce numéro, on apprend qu’on vient d’appeler une dame qui ne donne que son prénom, sans mentionner si c'est bel et bien le numéro pour parler aux organisateurs de la Montée jeunesse. Trois numéros, et rien.
Finalement, impossible de tomber sur les organisateurs en ce mardi matin. Impossible donc d'avoir leur point de vue sur l'activité de la fin de semaine. Impossible d'avoir leurs réactions aux articles publiés dans Le Soleil.
Laisser les autres parler de soi : refus de commenter
Le deuxième exemple concerne la vente d'un bâtiment de l'Église catholique sur le territoire québécois. Le nom du diocèse est tu ici, mais l'exemple n'y perd pas de son éloquence.
Le site Internet de la Société Radio-Canada faisait récemment état de la vente prochaine d'un bâtiment important dans un diocèse. Les gens du diocèse en question ne sont pas cités dans la nouvelle. Donc, pour entendre ce qu'ils ont à dire de cette nouvelle qui les concerne directement, j'appelle les bureaux. Là, non seulement on ne veut pas commenter - ce qui peut être compréhensible - mais on me fait également comprendre que mes appels - en moyenne une fois par mois - sont trop fréquents pour demander de l'information (!)
La perte des petits combats qui font mal
Le journaliste n'a pas grand-chose à perdre d'une confusion dans l'organisation des communications ou quand les gens refusent de commenter. Et c'est bien là le problème. Car il continuera de commenter de toute manière : il n'a pas le choix, c'est son métier. Mais chaque fois que les défaillances dans l'organisation des communications se transforment en silence, les gens, inculant les journalistes, n'ont pas le choix de se retourner vers les sources possibles d'informations, même si ces sources risquent d'aborder la question de manière "négative".
Les deux exemples ci-haut montrent comment, tous les jours, dans de petits détails communicationnels, l'Église catholique au Québec perd ses combats, incapable de tenir une ligne de front, d'y placer des idées et de les rendre indélogeables. Pas étonnant, cette Église, qu'elle trouve son image si difficile à changer...
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