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mardi 30 juin 2009

D&P : les grandes questions posées par le scandale

Le rapport du comité d'enquête de la Conférence des évêques catholiques du Canada (CECC) sur les organisations non gouvernementales partenaires de l'organisme Développement et Paix (D&P) a été rendu public. Comme l'avait déjà annoncé le président de la CECC, Mgr James Weisgerber, l'organisme est lavé de tout soupçon en ce qui concerne les accusations que portait contre lui le site Internet lifesitenews.com.

Ce dernier affirmait que Développement et Paix, qui est étroitement lié à l'épiscopat canadien, finançait des organismes mexicains faisant la promotion de l'avortement. De telles allégations ont créé un véritable scandale dans plusieurs provinces anglophones. Lifesitenews voit ainsi son argumentaire réfuté par les enquêteurs de la CECC qui s'étaient rendus au Mexique en avril dernier devant l'ampleur du scandale.

Dans le rapport, la CECC affirme « que les allégations, les accusations et les dénonciations portées par les uns contre les autres n’apportent rien de positif dans notre Église et constituent un contre-témoignage de l’esprit évangélique qui doit animer les chrétiens. » Le message est clair, mais cela n'empêche pas non plus le rapport de tendre la main à lifesitenews et d'inviter le site à entrer en dialogue avec la CECC.

Entrevues
Dans le cadre de mon travail, j'ai pu réaliser deux entrevues en français au sujet du rapport. Vous pouvez pour l'instant les écouter en cliquant ici.

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Deux grandes questions à approfondir
Le scandale de D&P pose deux questions essentielles à l'ensemble de l'Église catholique au Canada. C'est d'ailleurs ce qui fait l'intérêt de cette histoire. Autrement, les médias auraient perdu leur temps à couvrir une querelle dont l'issue semblait évidente dès le retour au pays des enquêteurs de la CECC.

La première question concerne la confiance qu'accorde l'ensemble du clergé canadien à D&P. Dans les milieux catholiques, c'est bien connu : D&P a toujours eu à faire face à des réticences face à ses actions et à son mandat au sein même de l'Église catholique. Cet organisme fondé il y a plus de quarante ans a toujours eu à dos les catholiques plus conservateurs. N'empêche, on ne parle quand même pas d'une vive opposition. Donc, pourquoi les évêques ont-ils accordé autant d'attention à lifesitenews ? Doutaient-ils de leur propre organisme ? Ne sont-ils pas en train d'ouvrir la porte à toutes sortes d'allégations en provenance de n'importe quel groupe ?

Il faut rappeler que l'enquête est devenue une nécessité quand six diocèses, dont ceux de Toronto et de Vancouver, ont décidé de retenir l'argent des collectes de fonds destiné à D&P jusqu'à ce que les allégations soient clarifiées. L'organisme était ainsi privé d'un total de 2 millions $. Au sein du clergé, le doute est donc d'abord venu de certains évêques, surtout en Ontario.

La CECC et D&P assurent tous deux que le lien de confiance n'est pas brisé. Par contre, la confiance des catholiques canadiens envers l'organisme est belle et bien écorchée. Et cela n'est pas étranger à un phénomène en croissance depuis quelques années dans l'Église catholique au Canada : ceux qui sont « plus catholiques que le pape ». Autrement dit, les catholiques qui mènent des chasses aux sorcières, en s'appuyant sur les nouveaux moyens de communications et sur quelques riches donateurs. Au lieu de travailler à l'instauration d'un climat de confiance, on chercher plutôt à agir comme un chien de garde, s'en tenant à une forme stérile de rigorisme. Ce phénomène teinte d'abord la qualité des relations entre les catholiques du Canada.

Et cela fait le pont avec la deuxième question fondamentale que pose ce scandale.

Quel rapport l'Église entretient-elle au monde ? C'est l'un des grandes questions de Vatican II. Voici un exemple concret qui s'applique dans le cas de D&P : quand un projet vaut la peine d'être soutenu, doit-il être abandonné parce qu'un autre partenaire qui participe à ce même projet n'a pas la même vision de la morale sexuelle que l'Église ? Cette question est au coeur des rapports de l'Église catholique avec la modernité.

Comme le faisait remarquer l'éthicien Bernard Keating, l'Église catholique au Canada se comporte de plus en plus comme un lobby au lieu d'être l'acteur civique qu'elle a déjà été. Les enseignements sont caricaturés, transformés en slogan et concentrés sur quelques éléments clés de la morale catholique qui ont comme point commun le rejet d'une certaine forme de modernité. Cette tendance vers une Église-lobby, qui cherche à influencer la vie publique non pas en modifiant le monde de manière évangélique mais en se braquant sur ses positions et en les retenant comme seules vérités, inquiète tant dans les milieux catholiques que dans ceux qui y sont complètement étrangers. Plusieurs personnes ont l'impression de voir un déplacement idéologique du catholicisme vers une pratique plus conservatrice, ce qui soulève bien des questions dans une province comme le Québec.

Dès lors, à la lumière de ce phénomène, que dit le scandale de D&P du rapport entre l'Église catholique et la société canadienne ?

Les questions du rapport au monde et du climat de confiance et d'unité devraient logiquement être débattues au cours de la rencontre plénière de l'épiscopat canadien l'automne prochain. La remise du rapport n'est que la première étape. Les faits sont désormais relégués au passé, mais les questions demeurent. Il sera donc intéressant de voir comment ces questions seront traitées à travers l'Église au Canada d'ici la fin de l'année.

jeudi 28 mai 2009

Scandale de Développement et Paix : le rapport remis le 18 juin

Selon mes sources, le rapport de l'enquête menée par des évêques canadiens sur le travail de l'organisme Développement et Paix au Mexique sera remis le 18 juin à la Conférence des évêques catholiques du Canada (CECC). Le rapport est très attendu chez Développement et Paix puisque les importantes collectes de fonds du Carême ont souffert des accusations portées contre l'organisme cet hiver.

Le 18 juin, c'est plus tard que ce qui avait été initialement estimé. Au début du mois de mai, les évêques responsables de la rédaction du rapport parlaient plutôt de la fin du mois du mai ou du début du mois de juin comme date de remise. Cependant, la date n'était pas arrêtée avec précision. Les évêques avaient indiqué que l'éloignement géographique entre eux constituait un défi dans la rédaction du rapport.

Le rapport sera le fruit du travail conjoint de plusieurs évêques qui ont effectué une visite au Mexique à la fin de l'hiver pour faire enquête sur des doutes émis par certains médias catholiques anglophones sur les liens qu'aurait l'organisme avec des groupes faisant la promotion de l'avortement. Le rapport sera bilingue. Toutefois, les médias et le public ne pourront pas le consulter immédiatement : ils devront attendre au moins quelques jours. Là encore, aucune date n'a été fixée.

Pour en savoir davantage sur cette enquête, voir Enquête sur Développement et Paix

jeudi 14 mai 2009

Marche pro-vie à Ottawa : l'épiscopat se fait remarquer

Le 14 mai 1969, le Canada adoptait la loi omnibus qui décriminalisait l'homosexualité et qui rendait désormais possible l'avortement. Aujourd'hui, pour marquer cet anniversaire, l'Organisme catholique pour la vie et la famille (OCVF) conviait les catholiques canadiens à la Marche nationale pour la vie sur la Colline parlementaire à Ottawa. Si son impact sur la querelle opposant les pro-vie aux pro-choix risque d'être négligeable, on ne peut pas en dire autant de celui qu'elle aura sur l'épiscopat canadien.

Cette marche n'en était pas à sa première édition. On attendait même cette année plus de manifestants qu'à l'habitude en raison des 40 ans du "Bill omnibus". L'OCVF a procédé à une campagne de plusieurs semaines intensives pour mobiliser les catholiques. S'il pouvait compter sur l'appui des Chevaliers de Colomb (ceux-là mêmes qui s'achetaient des publicités radiophoniques exhortant les Canadiens à voter pour un candidat pro-vie lors des dernières élections fédérales d'octobre 2008), rien ne semblait gagné du côté de l'épiscopat canadien. L'OCVF a beau avoir été fondé conjointement par le Conseil suprême des Chevaliers de Colomb et la Conférence des évêques catholiques du Canada, les évêques ne se sont jamais déplacés en masse pour prendre part à cette marche. Mais cette année, les choses ont drastiquement changé : au moins neuf évêques étaient présents, contrairement à un ou deux les années précédentes.

Nouveau leadership
L'archevêque d'Ottawa, Mgr Terrence Prendergast, tenait abosulement à y participer. Il était entouré de deux autres figures importantes de l'épiscopat canadien : Mgr Thomas Collins, archevêque de Toronto, et le cardinal Marc Ouellet, archevêque de Québec et primat du Canada. Les autres évêques présents venaient surtout du côté anglophone. L'archevêque de Vancouver, Mgr Michael Miller, qui vient d'arriver à la tête du diocèse le plus à l'ouest du Canada, aurait semble-t-il voulu être présent. Comment expliquer cette soudaine présence en masse d'évêques à cette marche ? Par le renouveau du leadership de l'épiscopat canadien. Du moins, c'est l'impression qu'avaient plusieurs participants.

Les archevêques Prendergast, Collins et Ouellet dirigent tous des archidiocèses clés de l'Église au Canada. Ils sont tous nouvellement arrivés : Mgr Prendergast à Ottawa en 2007, Mgr Collins à Toronto en 2007 et le cardinal Ouellet à Québec en 2003. On peut même ajouter Mgr Miller, qui est arrivé à la tête de l'archidiocèse de Vancouver en janvier dernier. Ces hommes ont tous en commun un ministère qui encourage fortement le développement de la famille et de l'éducation catholiques. En ce sens, il n'était pas étonnant de les retrouver réunis à Ottawa aujourd'hui.

Consolidation
Alors qu'au cours des dernières années les évêques canadiens ont, au goût de plusieurs catholiques, brillé davantage par leur absence que par leur prise de parole, ces mêmes catholiques n'hésitent pas à voir émerger aujourd'hui un nouveau leadership au sein de l'épiscopat canadien, notamment autour d'une question morale aussi polarisante que l'avortement. Ces archevêques relativement jeunes incarnent les aspirations de plusieurs pratiquants au pays qui rêvent de voir leur Église reprendre une place plus importante dans les débats publiques, dans le monde de l'éducation et dans la vie de famille. Il reste désormais à voir si cette tendance se confirmera. Le zèle du début sera-t-il étouffé par la lourdeur administrative des archidiocèses ? Les catholiques plus modérés se reconnaîtront-ils dans cette nouvelle approche, surtout au Québec ?

Chose certaine, si les évêques qui étaient présents aujourd'hui à Ottawa souhaitent consolider ce nouveau leadership qu'on leur accorde volontiers au sein de l'épiscopat canadien, leur souplesse et leur travail de relations publiques devront être aussi solides que les convictions morales qu'ils entendent défendre.

mercredi 15 avril 2009

Développement et Paix sous enquête

L'organisme Développement et Paix fait présentement l'objet d'une enquête de la part de la Conférence des évêques catholiques du Canada (CECC). Cela fait suite à des dénonciations publiques faites d'abord par le site Internet LifeSiteNews.com, et reprises par The Catholic Register, un journal qui appartient à l'archidiocèse de Toronto. Selon ces sources, Développement et Paix achemirerait de l'argent à des organisations qui font la promotion de l'avortement, notamment au Mexique où cinq groupes auraient été identifiés.

Au moment où ces allégations ont été publiées en mars, Développement et Paix a immédiatement répondu en réfutant ces allégations sur un ton sans équivoque. Mais devant l'ampleur que prenait l'affaire, l'organisme s'est senti pressé d'offrir de plus amples détails pour rassurer les catholiques canadiens.

La CECC a donc dépêché au Mexique deux évêques, Mgr Martin W. Currie, archevêque de St. John’s, à Terre-Neuve, et Mgr François Lapierre, P.M.É., évêque de Saint-Hyacinthe, au Québec. Du 15 au 18 avril, ils devront vérifier si Développement et Paix finance effectivement des organisations qui promeuvent l'avortement. Ils devront notamment vérifier si les allégations suites aux enquêtes "journalistiques" menées par LifeSiteNews se basent sur des faits vérifiés et contre-vérifiés ou si elles sont, comme l'affirme Développement et Paix, le fruit d'un travail bâclé, voire biaisé.

L'affaire a fait réagir passablement de catholiques dans les provinces anglophones du Canada, mais fait peu de vagues au Québec pour l'instant.

Une enquête sur un fil de fer
L'enquête débute à peine, et déjà elle est mise en doute. Premièrement, certains auraient souhaité voir des enquêteurs neutres se rendre au Mexique. Au moindre faux pas, la crédibilité de la démarche sera remise en question par les mêmes groupes pro-vie qui ont alimenté cette affaire. Deuxièmement, le degré de préparation des évêques sélectionnés est-il adéquat pour la tâche d'observation sur le terrain ? Mgr Lapierre, par exemple, se sentira rapidement à l'aise, lui qui parle bien espagnol. Mais après les nombreuses obligations du triduum pascal et les funérailles de son évêque émérite, Mgr Albert Sanschagrin, célébrées la veille de son départ, a-t-il eu suffisamment de temps pour approfondir le sujet, pour bien prendre connaissance des enjeux et des forces en présence ? On le lui souhaite.

Développement et Paix en furie
Quant à l'organisme Développement et Paix, il est en furie : il réfute catégoriquement ces allégations. Il sait de toute manière qu'il peut dire adieu à une bonne partie de son financement si jamais on prouve qu'il a financé, volontairement ou non, des groupes faisant la promotion de l'avortement. Plusieurs catholiques, surtout anglophones - et les Chevaliers de Colomb en tête - ne leur pardonneraient pas et se sentiraient trompés.

De plus, plusieurs dirigeants de Développement et Paix se demandent s'il n'y aurait pas anguille sous roche puisque ces allégations coïncidaient avec le Carême, l'occasion pour Développement et Paix de procéder à sa campagne annuelle Carême de partage qui permet de récolter annuellement environ 10 millions de dollars à travers le pays.

L'affaire est à suivre.