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lundi 2 novembre 2009

Ce qu'il faut retenir de l'assemblée plénière de l'épiscopat canadien (2e partie)

(à lire également au www.philippevaillancourt.com)

Développement et Paix
Après le scandale du printemps, la discussion sur l'Organisme catholique pour le développement et la paix - Développement et Paix (D&P) - était très attendue. Essentiellement, les évêques ont convenu d'exercer un plus grand contrôle sur D&P et d'aller de l'avant avec l'implantation des recommandations du comité d'enquête mis sur pied pour vérifier l'action de l'organisme au Mexique suite aux allégations de LifeSiteNews.com.

Une déclaration à ce sujet a été adoptée.

L'Église et Internet
En lien avec cette histoire, une discussion à huis clos a eu lieu au sujet des sites Internet et des blogues. Cette partie de la plénière n'est pas abordée dans les communiqués de presse officiels émis tout au long des jours de cette assemblée plénière.

Le père Thomas Rosica, l'homme à la tête de Télévision Sel et Lumière, avait préparé une présentation au sujet de la délicate question des sites et des blogues.

Il a lui-même été pris à partie il y a quelques semaines par LifeSiteNews au sujet des funérailles de Ted Kennedy dans le diocèse de Boston.

Depuis quelques années, le débat entre catholiques a été endurci par des propos enflammés sur plusieurs sites Internet et blogues catholiques. Cette situation n'est dénoncée que du bout des lèvres, tant au Canada qu'aux États-Unis. En fait, peu de voix osent s'élever pour dénoncer le climat malsain de peur qui s'est emparé de plusieurs organismes catholiques dont les actions sont scrutées dans les moindres détails par certains blogues, appuyés par des groupes de plus en plus séduits par la tentation de déterminer qui est catholique et qui ne l'est pas.

À cet égard, Mgr Weisgerber a donné le ton dès le début de l'assemblée plénière en rappelant qu'il appartient aux évêques de juger de la catholicité d'une personne ou d'un organisme.

Sous le couvert de l'anonymat, plusieurs individus à la tête d'autres organismes catholiques canadiens ont confié à Crayon et goupillon qu'ils préfèrent se taire, de peur d'être pris pour cible et de voir l'aide financière dont ils dépendent être réduite.

Ce n'est d'ailleurs pas pour rien que la rencontre abordant cette question se tenait à huis clos. Les évêques et les experts appelés à se prononcer voulaient s'assurer d'avoir les coudées franches pour aborder le problème en toute franchise.

Une prise de bec dans les corridors entre le père Rosica et LifeSiteNews n'est pas passée inaperçue. Connue de peu de personnes, elle témoigne de la tension qui gangrène la qualité des débats.

Car le père Rosica est loin de ce qu'on pourrait qualifier de « catholique de gauche ». Plusieurs catholiques, pour qui les idées du père Rosica et celles LifeSiteNews ne sont pas si éloignées, ont été étonnés de prendre connaissance de cette vive discussion en public.

Bref, la conférence épiscopale canadienne semble être sensible à cette nouvelle réalité.

Élections
Enfin, les élections sont venues confirmer plusieurs impressions. Il faut dire que ces élections ne sont jamais remplies de surprises. La conférence épiscopale choisit les membres de son exécutif en fonction d'un principe de rotation. Ainsi, le cotrésorier devient vice-président après deux ans, et président après quatre ans. L'élection qui faut observer n'est pas celle du président, mais bien celle des cotrésoriers, puisqu'ils deviennent habituellement présidents après quelques années.

L'élection de Mgr Paul-André Durocher a confirmé sa montée comme l'une des vedettes montantes de l'épiscopat canadien. En devenant cotrésorier, il a de grandes chances de devenir le président de la CECC dans quatre ans. Le jeune évêque du diocèse d'Alexandria-Cornwall avait déjà été pressenti pour occuper le poste d'archevêque d'Ottawa. À 55 ans, parfaitement bilingue, il a encore tout son temps. Certains rêveraient même de le voir à Montréal...

Mgr James Weisgerber, archevêque de Winnipeg, terminait son mandat à la présidence de la CECC. Il est remplacé par l'évêque de Saint-Jérôme, Mgr Pierre Morissette. Le mandat de Mgr Weisgerber a été particulièrement marqué par le travail de réconciliation effectué avec les Premières Nations. Les deux moments forts de ce travail furent l'intervention de Phil Fontaine, alors Chef national de l'Assemblée des Premières Nations, à l'assemblée plénière de la CECC en 2008, et la rencontre avec le pape à Rome au printemps.

Mgr Pierre Morissette a une bonne connaissance de l'Église au Québec. L'évêque, qui aura 65 ans le 22 novembre, a travaillé dans les diocèses de Québec, de Baie-Comeau et de Saint-Jérôme.

La vice-présidence sera assurée par Mgr Richard Smith, archevêque d’Edmonton.

Les deux cotrésoriers sont Mgr Paul-André Durocher, évêque d’Alexandria-Cornwall, qui entreprend un deuxième mandat consécutif comme représentant du Secteur français, et Mgr Douglas Crosby, O.M.I., évêque de Corner Brook et Labrador.

Les quatre régions épiscopales du Canada seront représentées par Mgr Claude Champagne, O.M.I., évêque d’Edmundston, au Nouveau-Brunswick, Mgr Eugène Tremblay, évêque d’Amos, au Québec, Mgr Ronald Fabbro, C.S.B., évêque de London, en Ontario, et Mgr Luc Bouchard, évêque de Saint-Paul, en Alberta.

mercredi 9 septembre 2009

L'héritage de la visite de Jean-Paul II au Canada

Le 9 septembre 1984, le pape Jean-Paul II débarquait à Québec et débutait son voyage apostolique de 12 jours au Canada. De Sainte-Anne-de-Beaupré à Montréal, des milliers de catholiques ont suivi à la trace le périple du pape polonais dans la partie québécoise de sa visite, en faisant ainsi la visite d'un chef d'État la plus suivie dans l'histoire du pays. Vingt-cinq ans plus tard, face aux défis de décroissance de l'Église catholique au Québec, une question se pose : que reste-t-il de son passage, de ses discours et de la ferveur des foules ?

Le moins que l'on puisse dire, c'est que peu de médias s'intéressent à cette affaire. Les grands médias, dont ceux financés par les deniers publics, effleurent à peine le sujet, alimentant d'autant plus la question de l'héritage du passage de Jean-Paul II.

Mais cette peur de voir son séjour sombrer dans l'oubli n'est pas récente. Dès le lendemain de son départ, plusieurs prêtres ont eu l'impression que tout redevenait « normal », comme s'il n'était jamais venu. Un curé montréalais me faisait remarquer aujourd'hui, brandissant le recueil des interventions publiques de Jean-Paul II au Canada en 1984, que le clergé québécois n'a jamais pris la peine d'analyser en profondeur le contenu de ces textes avec un peu de recul.

Précurseur
Or justement, à la lecture des discours du pape au Québec, il est étonnant de voir à quel point il a touché tous les éléments clés qui allaient alimenter les débats sociaux au Québec dans les années à venir : famille, individualisme, matérialisme, abandon de la foi, relations entre foi et raison, et entre religion et État. Dans son homélie à l'Université Laval, il disait ceci :

« La culture - et de même l’éducation qui est la tâche première et essentielle de la culture - est la recherche fondamentale du beau, du vrai, du bien qui exprime au mieux l’homme, comme “le sujet porteur de la transcendance de la personne”, qui l’aide à devenir ce qu’il doit “être” et pas seulement à se prévaloir de ce qu’il “a” ou de ce qu’il “possède”. Votre culture est non seulement le reflet de ce que vous êtes, mais le creuset de ce que vous deviendrez. Vous développerez donc votre culture d’une façon vivante et dynamique dans l’espérance, sans peur des questions difficiles ou des défis nouveaux; sans pour autant vous laisser abuser par l’éclat de la nouveauté, et sans laisser s’installer un vide, une discontinuité entre le passé et l’avenir; autrement dit, avec discernement et prudence, et avec le courage de la liberté critique à l’égard de ce qu’on pourrait appeler “l’industrie culturelle”; surtout avec le plus grand souci de la vérité. »

À Sainte-Anne-de-Beaupré, il a souligné à quel point les Amérindiens comptent parmi les plus pauvres de la société. Il n'a pas tu les relations difficiles entre les Blancs et les peuples des Premières Nations.

Au stade olympique, il a exhorté les jeunes à prendre garde aux paradis artificiels. Ses références aux problèmes économiques sont encore d'actualité aujourd'hui. Après tout, le stade olympique, ce n'était pas seulement Céline Dion...

À bien des égards, Jean-Paul II avait su déterminer les grandes questions qui allaient se poser au Québec.

La question autochtone
La question autochtone est, en rétrospective, l'un des plus grands accomplissements de Jean-Paul II au Canada. N'ayant pu se rendre rencontrer certains peuples des Premières Nations dans le Nord en 1984, il a insisté pour revenir le faire quelques années plus tard après un voyage aux États-Unis. D'ailleurs, il ne fallait pas oublier ce voyage en lui parlant du Canada ! Il se faisait un point d'honneur de le rappeler à son interlocuteur. Idem pour son entourage : dans le cadre d'une entrevue que je faisais avec le cardinal Stanislaw Dziwisz, qui fut le secrétaire personnel de Jean-Paul II pendant 40 ans, je lui demandais ce qui l'avait le plus frappé lors de la visite du pape. Sa réponse ? « - Laquelle au juste ? »

Anecdote à part, il faut savoir que le pape polonais insistait fortement sur la notion d'autodétermination des peuples autochtones. Il était devenu presque ironique, au milieu des années 80, de voir que certains des messages d'espoir les plus sentis venaient de la plus haute autorité de l'Église catholique, l'Église même dont trop de diocèses et de communautés religieuses avaient administré de façon honteuse les « pensionnats autochtones » pendant des années.

L'héritage de cette insistance de Jean-Paul II envers le respect des autochtones au Canada a culminé cette année alors que Phil Fontaine, alors Chef national de l'Assemblée des Premières Nations (APN) s'est rendu à Rome avec Mgr James Weisgerber, le président de la Conférence des évêques catholiques du Canada (CECC). Ensemble, ils ont rencontré le pape Benoît XVI. Cela est venu marquer un point tournant dans la « normalisation » des bonnes relations entre l'APN et la CECC. Regrettant le passé, chacun s'est engagé à regarder conjointement vers l'avant.

Un travail de compréhension à faire
Quelle importance accorder à ce voyage papal ? Vingt-cinq ans plus tard, la question se pose comme au lendemain du départ du pape.

Les sujets d'actualité ont tendance à paraître importants lorsque tout le monde en parle pendant des années. Or, qui a parlé du voyage du pape au Québec ? À part des collections d'anecdotes personnelles et des plaques sur des bâtiments, qu'est-ce que l'Église du Québec a trouvé à dire à ce sujet depuis 1984 ?

Autrement dit, faut-il vraiment s'étonner que les médias n'en parlent pas ?

mardi 23 juin 2009

[Édito] Scandale de D&P : confusion et mauvais timing autour de la sortie du rapport

Revenant sur le scandale qui a ébranlé l'organisme catholique Développement et Paix cet hiver et sur l'enquête commandée par la Conférence des évêques catholiques du Canada (CECC), son président, Mgr James Weisgerber a déclaré « qu'il n'y a pas de fondement à ces allégations ». Le président de la CECC faisait ainsi référence aux articles publiés sur le site Internet pro-vie lifesitenews.com qui accusaient Développement et Paix (D&P) de soutenir financièrement des organismes mexicains faisant la promotion de l'avortement, ce qui va à l'encontre de la doctrine catholique.

« La délégation [d'enquêteurs dépêchés par la CECC] n'a trouvé aucun fondement aux allégations [de lifesitesnews.com] », a indiqué Mgr Weisgerber. Il tient à rassurer les catholiques canadiens sur la qualité du travail effectué par D&P, l'organisme pour le développement et la paix de l'épiscopat canadien : « On peut assurer les gens qu'il n'y a pas d'argent qui a été dépensé pour promouvoir l'avortement, ni par D&P, ni par les cinq groupes [mexicains mis en cause par lifesitenews.com] », a assuré l'archevêque de Winnipeg.

Mgr Weisgerber a fait ces déclarations vendredi dernier à l'émission Zoom sur la chaîne télévisée catholique Salt & Light basée à Toronto. Cependant, de tels propos en ont surpris plus d'un.

Procédure habituelle
Jeudi dernier (18 juin), le Conseil permanent de la CECC recevait le rapport des enquêteurs dépêchés au Mexique. Dans l'après-midi, une rencontre a eu lieu entre le Bureau de direction de la CECC et celui de D&P. Cette rencontre servait surtout à parler de la démarche générale.

Jeudi dernier, on refusait d'accorder des entrevues au sujet de ce rapport. La raison était fort simple : le rapport des enquêteurs de la CECC doit d'abord être envoyé aux évêques canadiens, qui doivent en prendre connaissance. C'est la façon de procéder à la CECC. Par la suite, il peut être rendu public, notamment sur le site Internet de la conférence.

Cependant, les informations en provenance de la conférence épiscopale divergent : selon le président, il ne sera pas accessible au public et aux médias avant encore deux ou trois semaines. Du côté du service des communications, on parle plutôt de quelques jours, peut-être même d'ici la fin de la semaine. Seul le temps le dira.

Mais jeudi dernier, le mot d'ordre était simple et clair : aucun commentaire ne sera fait aux médias avant la publication du rapport.

La sortie de Mgr Weisgerber
Or, dès le lendemain, la chaîne câblée Salt & Light reçoit Mgr James Weisgerber. D'emblée, il dévoile l'essentiel du rapport. Il n'entre pas dans le fin détail des conclusions et des recommandations, mais le pavé est lancé et Développement et Paix est blanchi.

Mais que penser d'une conférence épiscopale dont même le président n'observe pas le mot d'ordre d'attendre que le rapport soit rendu public ? Était-ce volontaire de sa part ?

En tant que président, il peut certes faire comme bon lui semble. Mais si l'objectif d'attendre avant de commenter est d'éviter de mettre les catholiques canadiens mal à l'aise, c'est raté. Les gens déçus par la décision ont déjà commencé à faire connaître leur mécontentement à la CECC, tout particulièrement ceux qui sont en faveur du point de vue de lifesitenews.com. Quant aux gens de Développement et Paix, ils se réjouissent, mais ne savent pas encore vraiment pourquoi.

Les propos de Mgr Weisgerber vendredi dernier sont également survenus une journée où les bureaux de la CECC étaient fermés. Pourquoi ? Parce que les employés étaient en pique-nique. Donc pour demander des explications aux principaux intéressés, c'est loupé. Mauvais timing, voilà tout.

C'est le Pérou !
Dès lundi, lifesitenews.com répliquait sur son site en présentant de « nouvelles preuves » contre Développement et Paix. Mais cette fois, l'affaire sort largement des frontières canadiennes : même Radio-Vatican a repris une nouvelle largement diffusée sur le site de lifesitenews.com au sujet d'une lettre écrite par l'épiscopat péruvien à l'épiscopat canadien au sujet de l'avortement. L'affaire semble prendre de l'ampleur au lieu de se résorber. La stratégie de gestion de crise choisie par la CECC ne semble pas fonctionner. Au contraire, la conférence épiscopale canadienne pourrait désormais avoir à se justifier aux évêques péruviens.

Malgré tout, la CECC refuse encore de commenter et tient mordicus à attendre que tous les évêques aient pris connaissance du rapport. Il s'agit d'un choix respectable et tout à fait justifiable. Mais plus les jours passent, et plus les questions sont nombreuses et gênantes : comment la CECC en est-elle arrivée là ? Pourquoi un site comme lifesitenews.com a-t-il réussi à avoir autant de crédibilité aux yeux des évêques ? Pourquoi la rédaction de ce rapport a-t-elle été si longue ? Pourquoi avoir choisi de faire une enquête alors qu'on savait d'avance que ses conclusions seraient rejetées par ceux qui critiquent le travail de Développement et Paix ? Que doit-on penser après tout cela du leadership au sein de l'épiscopat canadien ?

Pendant que l'affaire enfle, les conclusions du rapport arriveront en plein été, pendant les vacances et les beaux jours. Les réponses de l'épiscopat canadien risquent de laisser bien des gens indifférents.

Mauvais timing ? C'est sans doute ça...

lundi 15 juin 2009

Église et Premières Nations : un autre pas conjoint

Un nouveau programme destiné à améliorer le sort des peuples des Premières Nations au Canada était lancé aujourd'hui à Vancouver. Baptisé Avançons ensemble, il vise à amasser 25 millions de dollars en cinq ans. L'argent servira à appuyer des programmes de guérison et d'éducation de la jeunesse. Encore une fois, deux importantes figures de l'amélioration des relations entre les Premières Nations et l'Église catholique au Canada se trouvent côte à côté dans cette initiative.

Le Chef national de l'Assemblée des Premières Nations (APN), Phil Fontaine (dont le mandat termine sous peu), et Mgr James Weisgerber, archevêque de Winnipeg et président de la Conférence des évêques catholiques du Canada (CECC) coprésident la campagne Avançons ensemble. Cette collaboration prend un tout autre sens lorsqu'on connaît l'histoire commune des Premières Nations et de l'Église catholique au Canada, depuis les origines du pays jusqu'à aujourd'hui. Cependant, elle est encore plus significative après l'année qui vient de s'écouler et au cours de laquelle tant d'étapes ont été franchies pour aller de l'avant.

Ce matin, Mgr James Weisgerber a évoqué le passé douloureux de plusieurs autochtones :

« Alors que nombre de personnes des communautés des Premières Nations, inuites et métisses ont trouvé l'espoir au sein de leur famille, le succès dans leur travail et l'épanouissement dans leur vie, d'autres continuent à vivre dans l'ombre d'un passé douloureux. [...] Les fonds recueillis dans le cadre de cette campagne permettront de les aider à guérir leurs blessures et à jouir des mêmes possibilités qui sont offertes aux autres membres de la société canadienne. »

Des communautés autochtones et des communautés catholiques, dont certaines ont même été impliquées dans le sombre épisode des « pensionnats indiens », travaillent conjointement dans le cadre de ce programme.