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mardi 23 juin 2009

[Édito] Scandale de D&P : confusion et mauvais timing autour de la sortie du rapport

Revenant sur le scandale qui a ébranlé l'organisme catholique Développement et Paix cet hiver et sur l'enquête commandée par la Conférence des évêques catholiques du Canada (CECC), son président, Mgr James Weisgerber a déclaré « qu'il n'y a pas de fondement à ces allégations ». Le président de la CECC faisait ainsi référence aux articles publiés sur le site Internet pro-vie lifesitenews.com qui accusaient Développement et Paix (D&P) de soutenir financièrement des organismes mexicains faisant la promotion de l'avortement, ce qui va à l'encontre de la doctrine catholique.

« La délégation [d'enquêteurs dépêchés par la CECC] n'a trouvé aucun fondement aux allégations [de lifesitesnews.com] », a indiqué Mgr Weisgerber. Il tient à rassurer les catholiques canadiens sur la qualité du travail effectué par D&P, l'organisme pour le développement et la paix de l'épiscopat canadien : « On peut assurer les gens qu'il n'y a pas d'argent qui a été dépensé pour promouvoir l'avortement, ni par D&P, ni par les cinq groupes [mexicains mis en cause par lifesitenews.com] », a assuré l'archevêque de Winnipeg.

Mgr Weisgerber a fait ces déclarations vendredi dernier à l'émission Zoom sur la chaîne télévisée catholique Salt & Light basée à Toronto. Cependant, de tels propos en ont surpris plus d'un.

Procédure habituelle
Jeudi dernier (18 juin), le Conseil permanent de la CECC recevait le rapport des enquêteurs dépêchés au Mexique. Dans l'après-midi, une rencontre a eu lieu entre le Bureau de direction de la CECC et celui de D&P. Cette rencontre servait surtout à parler de la démarche générale.

Jeudi dernier, on refusait d'accorder des entrevues au sujet de ce rapport. La raison était fort simple : le rapport des enquêteurs de la CECC doit d'abord être envoyé aux évêques canadiens, qui doivent en prendre connaissance. C'est la façon de procéder à la CECC. Par la suite, il peut être rendu public, notamment sur le site Internet de la conférence.

Cependant, les informations en provenance de la conférence épiscopale divergent : selon le président, il ne sera pas accessible au public et aux médias avant encore deux ou trois semaines. Du côté du service des communications, on parle plutôt de quelques jours, peut-être même d'ici la fin de la semaine. Seul le temps le dira.

Mais jeudi dernier, le mot d'ordre était simple et clair : aucun commentaire ne sera fait aux médias avant la publication du rapport.

La sortie de Mgr Weisgerber
Or, dès le lendemain, la chaîne câblée Salt & Light reçoit Mgr James Weisgerber. D'emblée, il dévoile l'essentiel du rapport. Il n'entre pas dans le fin détail des conclusions et des recommandations, mais le pavé est lancé et Développement et Paix est blanchi.

Mais que penser d'une conférence épiscopale dont même le président n'observe pas le mot d'ordre d'attendre que le rapport soit rendu public ? Était-ce volontaire de sa part ?

En tant que président, il peut certes faire comme bon lui semble. Mais si l'objectif d'attendre avant de commenter est d'éviter de mettre les catholiques canadiens mal à l'aise, c'est raté. Les gens déçus par la décision ont déjà commencé à faire connaître leur mécontentement à la CECC, tout particulièrement ceux qui sont en faveur du point de vue de lifesitenews.com. Quant aux gens de Développement et Paix, ils se réjouissent, mais ne savent pas encore vraiment pourquoi.

Les propos de Mgr Weisgerber vendredi dernier sont également survenus une journée où les bureaux de la CECC étaient fermés. Pourquoi ? Parce que les employés étaient en pique-nique. Donc pour demander des explications aux principaux intéressés, c'est loupé. Mauvais timing, voilà tout.

C'est le Pérou !
Dès lundi, lifesitenews.com répliquait sur son site en présentant de « nouvelles preuves » contre Développement et Paix. Mais cette fois, l'affaire sort largement des frontières canadiennes : même Radio-Vatican a repris une nouvelle largement diffusée sur le site de lifesitenews.com au sujet d'une lettre écrite par l'épiscopat péruvien à l'épiscopat canadien au sujet de l'avortement. L'affaire semble prendre de l'ampleur au lieu de se résorber. La stratégie de gestion de crise choisie par la CECC ne semble pas fonctionner. Au contraire, la conférence épiscopale canadienne pourrait désormais avoir à se justifier aux évêques péruviens.

Malgré tout, la CECC refuse encore de commenter et tient mordicus à attendre que tous les évêques aient pris connaissance du rapport. Il s'agit d'un choix respectable et tout à fait justifiable. Mais plus les jours passent, et plus les questions sont nombreuses et gênantes : comment la CECC en est-elle arrivée là ? Pourquoi un site comme lifesitenews.com a-t-il réussi à avoir autant de crédibilité aux yeux des évêques ? Pourquoi la rédaction de ce rapport a-t-elle été si longue ? Pourquoi avoir choisi de faire une enquête alors qu'on savait d'avance que ses conclusions seraient rejetées par ceux qui critiquent le travail de Développement et Paix ? Que doit-on penser après tout cela du leadership au sein de l'épiscopat canadien ?

Pendant que l'affaire enfle, les conclusions du rapport arriveront en plein été, pendant les vacances et les beaux jours. Les réponses de l'épiscopat canadien risquent de laisser bien des gens indifférents.

Mauvais timing ? C'est sans doute ça...

jeudi 28 mai 2009

Scandale de Développement et Paix : le rapport remis le 18 juin

Selon mes sources, le rapport de l'enquête menée par des évêques canadiens sur le travail de l'organisme Développement et Paix au Mexique sera remis le 18 juin à la Conférence des évêques catholiques du Canada (CECC). Le rapport est très attendu chez Développement et Paix puisque les importantes collectes de fonds du Carême ont souffert des accusations portées contre l'organisme cet hiver.

Le 18 juin, c'est plus tard que ce qui avait été initialement estimé. Au début du mois de mai, les évêques responsables de la rédaction du rapport parlaient plutôt de la fin du mois du mai ou du début du mois de juin comme date de remise. Cependant, la date n'était pas arrêtée avec précision. Les évêques avaient indiqué que l'éloignement géographique entre eux constituait un défi dans la rédaction du rapport.

Le rapport sera le fruit du travail conjoint de plusieurs évêques qui ont effectué une visite au Mexique à la fin de l'hiver pour faire enquête sur des doutes émis par certains médias catholiques anglophones sur les liens qu'aurait l'organisme avec des groupes faisant la promotion de l'avortement. Le rapport sera bilingue. Toutefois, les médias et le public ne pourront pas le consulter immédiatement : ils devront attendre au moins quelques jours. Là encore, aucune date n'a été fixée.

Pour en savoir davantage sur cette enquête, voir Enquête sur Développement et Paix

vendredi 1 mai 2009

Enquête sur Développement et Paix : « On n'a pas redécouvert l'Amérique ! »

Le rapport d'enquête sur les activités de Développement et Paix (D&P) au Mexique, l'organisme de la Conférence des évêques catholiques du Canada (CECC), n'est pas encore déposé. Mais il a toutes les chances d'être favorable à l'organisme. Il faudra attendre la fin du mois de mai ou le début du mois de juin pour le voir.

Pour vous remettre dans le contexte : Développement et Paix sous enquête

Le rapport sera écrit par Mgr Currie de Saint-Jean (T-N), Mgr François Lapierre de Saint-Hyacinthe et par Mgr Mario Paquette, secrétaire général de la CECC, des hommes compétents qui ont une connaissance approfondie de l'espagnol et du droit canonique. Ils ont fait le voyage ensemble au Mexique, où ils disent avoir été très bien reçus.

Un voyage utile ?
Pour l'instant, ils ne veulent pas en dire trop sur le contenu du rapport final, mais ils avouent tout de même ne pas avoir fait de découverte majeure... Une réalité parfaitement illustrée par Mgr François Lapierre qui a lancé sur le ton de la rigolade : « On n'a pas redécouvert l'Amérique ! »

Mais blague à part, cela veut essentiellement dire que le voyage au Mexique ne semble pas avoir permis de confirmer les accusations de lifesitenews.com au sujet du soutien à l'avortement. Valait-il la peine de le faire ? Les évêques ont-ils réagi bêtement en « semblant croire » lifesitenews.com ?

Dans les faits, la situation avait pris une telle ampleur dans les provinces anglophones du Canada que les évêques ont été contraints de réagir probablement pour les deux raisons suivantes : sauver la campagne annuelle de D&P et endiguer l'effet domino que cela aurait pu produire, notamment sur leur leadership.

Sauver la collecte annuelle
Chaque année, pendant le Carême, D&P organise une collecte annuelle. Or, suite aux allégations de soutenir des groupes pro-avortement au Mexique, certains diocèses ont réagi fortement. Par exemple, celui de Toronto a gelé l'acheminement de l'argent à l'organisme. Cette collecte annuelle, baptisée Carême de partage, accumule habituellement 10 millions de dollars à travers le Canada, une maigre somme pour l'ampleur de la mission de D&P. L'année 2009 obligera sans doute l'organisme a rationnaliser ses activités puisque la collecte a été nettement moins lucrative que d'habitude.

Endiguer
Le scandale suscité par lifesitenews.com s'est répandu rapidement chez les catholiques canadiens, Internet oblige. Les évêques canadiens devaient tôt ou tard être appelés à réagir, puisque D&P leur est intimement lié. En prenant somme toute assez rapidement les choses en main, ils ont mis fin aux spéculations. Des spéculations qui alimentaient des doutes quant à la qualité du travail de D&P et qui, en nuisant à cet organisme, éclaboussaient les évêques du Canada. Les évêques ont ainsi pu éviter de laisser traîner une situation inconfortable qui mettait non seulement la CECC dans l'embarras au pays, mais également à l'étranger.

mercredi 15 avril 2009

Développement et Paix sous enquête

L'organisme Développement et Paix fait présentement l'objet d'une enquête de la part de la Conférence des évêques catholiques du Canada (CECC). Cela fait suite à des dénonciations publiques faites d'abord par le site Internet LifeSiteNews.com, et reprises par The Catholic Register, un journal qui appartient à l'archidiocèse de Toronto. Selon ces sources, Développement et Paix achemirerait de l'argent à des organisations qui font la promotion de l'avortement, notamment au Mexique où cinq groupes auraient été identifiés.

Au moment où ces allégations ont été publiées en mars, Développement et Paix a immédiatement répondu en réfutant ces allégations sur un ton sans équivoque. Mais devant l'ampleur que prenait l'affaire, l'organisme s'est senti pressé d'offrir de plus amples détails pour rassurer les catholiques canadiens.

La CECC a donc dépêché au Mexique deux évêques, Mgr Martin W. Currie, archevêque de St. John’s, à Terre-Neuve, et Mgr François Lapierre, P.M.É., évêque de Saint-Hyacinthe, au Québec. Du 15 au 18 avril, ils devront vérifier si Développement et Paix finance effectivement des organisations qui promeuvent l'avortement. Ils devront notamment vérifier si les allégations suites aux enquêtes "journalistiques" menées par LifeSiteNews se basent sur des faits vérifiés et contre-vérifiés ou si elles sont, comme l'affirme Développement et Paix, le fruit d'un travail bâclé, voire biaisé.

L'affaire a fait réagir passablement de catholiques dans les provinces anglophones du Canada, mais fait peu de vagues au Québec pour l'instant.

Une enquête sur un fil de fer
L'enquête débute à peine, et déjà elle est mise en doute. Premièrement, certains auraient souhaité voir des enquêteurs neutres se rendre au Mexique. Au moindre faux pas, la crédibilité de la démarche sera remise en question par les mêmes groupes pro-vie qui ont alimenté cette affaire. Deuxièmement, le degré de préparation des évêques sélectionnés est-il adéquat pour la tâche d'observation sur le terrain ? Mgr Lapierre, par exemple, se sentira rapidement à l'aise, lui qui parle bien espagnol. Mais après les nombreuses obligations du triduum pascal et les funérailles de son évêque émérite, Mgr Albert Sanschagrin, célébrées la veille de son départ, a-t-il eu suffisamment de temps pour approfondir le sujet, pour bien prendre connaissance des enjeux et des forces en présence ? On le lui souhaite.

Développement et Paix en furie
Quant à l'organisme Développement et Paix, il est en furie : il réfute catégoriquement ces allégations. Il sait de toute manière qu'il peut dire adieu à une bonne partie de son financement si jamais on prouve qu'il a financé, volontairement ou non, des groupes faisant la promotion de l'avortement. Plusieurs catholiques, surtout anglophones - et les Chevaliers de Colomb en tête - ne leur pardonneraient pas et se sentiraient trompés.

De plus, plusieurs dirigeants de Développement et Paix se demandent s'il n'y aurait pas anguille sous roche puisque ces allégations coïncidaient avec le Carême, l'occasion pour Développement et Paix de procéder à sa campagne annuelle Carême de partage qui permet de récolter annuellement environ 10 millions de dollars à travers le pays.

L'affaire est à suivre.