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mercredi 3 juin 2009

Mgr Dennis P. Drainville : de député à évêque anglican


Le nouvel évêque anglican de Québec a un parcours pour le moins inusité : après avoir servi dans l'armée, avoir été élu député à l'Assemblée législative de l'Ontario et avoir été professeur dans un CÉGEP en Gaspésie, il se retrouve maintenant à la tête du diocèse anglican de Québec. Il est l'un des promoteurs des mariages homosexuels au sein de l'Église anglicane canadienne, une question qui divise présentement la communion anglicane dans le monde.

Mgr Dennis Paul Drainville est originaire de Joliette. Né en 1954, il a fait ses études au Trinity College de Toronto avant d'être ordonné prêtre en 1983. C'est un homme au parcours éclectique qui a toujours su maintenir, dans ses engagements, le cap sur les valeurs de justice sociale qui lui sont si chères et dont il parle volontiers. Il a travaillé pour l'élimination de la pauvreté, notamment à Montréal. Alors qu'il était à la paroisse Christ Church, il a été aumônier de l'Université McGill. Chez les anglicans, Mgr Drainville est respecté pour son ministère pastoral social.

À Québec, il succède à Mgr Bruce Stavert qui occupait ce poste depuis 1991. Le départ de Mgr Stavert et l'arrivée de Mgr Drainville étaient prévus de longue date. Son premier défi à relever sera de continuer à faire sa place dans cette communauté de 8000 fidèles qui voit partir une figure familière en la personne de Mgr Stavert, qui était là depuis presque vingt ans.

Radio-Canada débaptise le cardinal Ouellet
L'installation de Mgr Drainville a eu lieu dimanche dernier. Le cardinal Marc Ouellet, l'archevêque catholique de Québec, était présent à cette occasion. D'ailleurs, la journaliste de Radio-Canada semblait tellement étonnée de voir que le cardinal Ouellet n'a pas communié, qu'elle a jugé bon de consacrer le seul commentaire de Marc Ouellet dans son reportage à cette évidence.

Le reportage a par la suite été transposé à l'écrit pour le site Internet de Radio-Canada où l'absence d'un É majuscule à « Église anglicane » et la confusion entre « Ouellet » et « Ouellette » laisse palper la méconnaissance du fait religieux dans cette société d'État.

Malgré tout, Radio-Canada est l'un des rares médias québécois a avoir relevé cette information.

(Photo : Anglican Journal)

mardi 19 mai 2009

[Édito] Église et communications : les petits combats qui font mal

L'Église catholique québécoise ne le sait que trop bien : son message passe difficilement dans les médias. Que ce soit le choix du sujet, l'angle retenu ou la prise de position éditoriale, le traitement réservé à l'Église agace plusieurs catholiques. Mais si d'un côté le service de presse du Vatican a fait son mea culpa suite aux défaillances qu'il a connu au début de l'année 2009 et affirme avoir appris la leçon, peut-on en dire autant de l'Église au Québec ? Voici deux exemples qui illustrent parfaitement que dans la guerre des communications, l'Église du Québec perd trop souvent ses combats pour réellement changer son image.

Montée jeunesse : il y a quelqu'un ?
La Montée jeunesse, un événement de grande ampleur axé sur - son nom l'indique - la jeunesse chrétienne, avait lieu à Québec la fin de semaine de la Fête des Patriotes. Le diocèse a fait un effort pour diffuser certains événements en direct sur Internet. Mais dans les médias (ceux que les gens consultent vraiment), les articles qui frappent le plus sont ceux publiés dans le journal Le Soleil par un jeune journaliste qui n'a jamais caché ses réticences face à l'Église catholique. Son article fait le lien - et c'est un choix journalistique intelligent - entre l'homélie "pro-vie" du cardinal Ouellet pendant cette fin de semaine et sa présence à une manifestation pro-vie sur la Colline parlementaire la semaine dernière. Quelques mots à peine portent sur la Montée jeunesse en tant qu'événement de foi. Si l'intention était de faire rayonner l'événement pour son contenu, c'est raté, du moins auprès du principal journal de Québec.

Souhaitant avoir un autre point de vue, je cherchais aujourd'hui à joindre les organisateurs de la Montée jeunesse pour savoir quel bilan tirer de la fin de semaine. Mais je ne me doutais pas que ce serait si compliqué.

En contactant le poste 201 au diocèse (tel qu’indiqué sur le site de la Montée jeunesse), on tombait, en ce mardi matin, sur une boîte vocale qui nous renvoie à un autre numéro, à l’Université Laval. En composant ce second numéro, une autre boîte vocale nous indique que le numéro à composer pour parler aux organisateurs de la Montée jeunesse est en fait un troisième numéro, encore différent. Or, à ce numéro, on apprend qu’on vient d’appeler une dame qui ne donne que son prénom, sans mentionner si c'est bel et bien le numéro pour parler aux organisateurs de la Montée jeunesse. Trois numéros, et rien.

Finalement, impossible de tomber sur les organisateurs en ce mardi matin. Impossible donc d'avoir leur point de vue sur l'activité de la fin de semaine. Impossible d'avoir leurs réactions aux articles publiés dans Le Soleil.

Laisser les autres parler de soi : refus de commenter
Le deuxième exemple concerne la vente d'un bâtiment de l'Église catholique sur le territoire québécois. Le nom du diocèse est tu ici, mais l'exemple n'y perd pas de son éloquence.

Le site Internet de la Société Radio-Canada faisait récemment état de la vente prochaine d'un bâtiment important dans un diocèse. Les gens du diocèse en question ne sont pas cités dans la nouvelle. Donc, pour entendre ce qu'ils ont à dire de cette nouvelle qui les concerne directement, j'appelle les bureaux. Là, non seulement on ne veut pas commenter - ce qui peut être compréhensible - mais on me fait également comprendre que mes appels - en moyenne une fois par mois - sont trop fréquents pour demander de l'information (!)

La perte des petits combats qui font mal
Le journaliste n'a pas grand-chose à perdre d'une confusion dans l'organisation des communications ou quand les gens refusent de commenter. Et c'est bien là le problème. Car il continuera de commenter de toute manière : il n'a pas le choix, c'est son métier. Mais chaque fois que les défaillances dans l'organisation des communications se transforment en silence, les gens, inculant les journalistes, n'ont pas le choix de se retourner vers les sources possibles d'informations, même si ces sources risquent d'aborder la question de manière "négative".

Les deux exemples ci-haut montrent comment, tous les jours, dans de petits détails communicationnels, l'Église catholique au Québec perd ses combats, incapable de tenir une ligne de front, d'y placer des idées et de les rendre indélogeables. Pas étonnant, cette Église, qu'elle trouve son image si difficile à changer...

jeudi 14 mai 2009

Marche pro-vie à Ottawa : l'épiscopat se fait remarquer

Le 14 mai 1969, le Canada adoptait la loi omnibus qui décriminalisait l'homosexualité et qui rendait désormais possible l'avortement. Aujourd'hui, pour marquer cet anniversaire, l'Organisme catholique pour la vie et la famille (OCVF) conviait les catholiques canadiens à la Marche nationale pour la vie sur la Colline parlementaire à Ottawa. Si son impact sur la querelle opposant les pro-vie aux pro-choix risque d'être négligeable, on ne peut pas en dire autant de celui qu'elle aura sur l'épiscopat canadien.

Cette marche n'en était pas à sa première édition. On attendait même cette année plus de manifestants qu'à l'habitude en raison des 40 ans du "Bill omnibus". L'OCVF a procédé à une campagne de plusieurs semaines intensives pour mobiliser les catholiques. S'il pouvait compter sur l'appui des Chevaliers de Colomb (ceux-là mêmes qui s'achetaient des publicités radiophoniques exhortant les Canadiens à voter pour un candidat pro-vie lors des dernières élections fédérales d'octobre 2008), rien ne semblait gagné du côté de l'épiscopat canadien. L'OCVF a beau avoir été fondé conjointement par le Conseil suprême des Chevaliers de Colomb et la Conférence des évêques catholiques du Canada, les évêques ne se sont jamais déplacés en masse pour prendre part à cette marche. Mais cette année, les choses ont drastiquement changé : au moins neuf évêques étaient présents, contrairement à un ou deux les années précédentes.

Nouveau leadership
L'archevêque d'Ottawa, Mgr Terrence Prendergast, tenait abosulement à y participer. Il était entouré de deux autres figures importantes de l'épiscopat canadien : Mgr Thomas Collins, archevêque de Toronto, et le cardinal Marc Ouellet, archevêque de Québec et primat du Canada. Les autres évêques présents venaient surtout du côté anglophone. L'archevêque de Vancouver, Mgr Michael Miller, qui vient d'arriver à la tête du diocèse le plus à l'ouest du Canada, aurait semble-t-il voulu être présent. Comment expliquer cette soudaine présence en masse d'évêques à cette marche ? Par le renouveau du leadership de l'épiscopat canadien. Du moins, c'est l'impression qu'avaient plusieurs participants.

Les archevêques Prendergast, Collins et Ouellet dirigent tous des archidiocèses clés de l'Église au Canada. Ils sont tous nouvellement arrivés : Mgr Prendergast à Ottawa en 2007, Mgr Collins à Toronto en 2007 et le cardinal Ouellet à Québec en 2003. On peut même ajouter Mgr Miller, qui est arrivé à la tête de l'archidiocèse de Vancouver en janvier dernier. Ces hommes ont tous en commun un ministère qui encourage fortement le développement de la famille et de l'éducation catholiques. En ce sens, il n'était pas étonnant de les retrouver réunis à Ottawa aujourd'hui.

Consolidation
Alors qu'au cours des dernières années les évêques canadiens ont, au goût de plusieurs catholiques, brillé davantage par leur absence que par leur prise de parole, ces mêmes catholiques n'hésitent pas à voir émerger aujourd'hui un nouveau leadership au sein de l'épiscopat canadien, notamment autour d'une question morale aussi polarisante que l'avortement. Ces archevêques relativement jeunes incarnent les aspirations de plusieurs pratiquants au pays qui rêvent de voir leur Église reprendre une place plus importante dans les débats publiques, dans le monde de l'éducation et dans la vie de famille. Il reste désormais à voir si cette tendance se confirmera. Le zèle du début sera-t-il étouffé par la lourdeur administrative des archidiocèses ? Les catholiques plus modérés se reconnaîtront-ils dans cette nouvelle approche, surtout au Québec ?

Chose certaine, si les évêques qui étaient présents aujourd'hui à Ottawa souhaitent consolider ce nouveau leadership qu'on leur accorde volontiers au sein de l'épiscopat canadien, leur souplesse et leur travail de relations publiques devront être aussi solides que les convictions morales qu'ils entendent défendre.

mercredi 6 mai 2009

Rumeur autour du cardinal Ouellet : invitation à lire entre les lignes


Une rumeur envoyant le cardinal Marc Ouellet, archevêque de Québec, à Rome pour occuper un poste important a circulé une bonne partie de la journée. Elle a finalement été démentie par le cardinal lui-même pendant la rencontre annuelle du clergé diocésain qui avait lieu aujourd'hui au couvent des Soeurs de la Charité de Québec.

De telles rumeurs ont souvent circulé depuis l'arrivée du cardinal Marc Ouellet à Québec. Le simple fait qu'il soit l'un des évêques les plus romains de la province suffit à les alimenter. La directrice des communications du diocèse a passé sa journée à répéter aux représentants des médias que tout le monde « pouvait ranger le champagne, ou les mouchoirs », selon leur appréciation du cardinal Ouellet.

Certains ont parlé de « signes » qui auraient pu laisser croire que Marc Ouellet serait nommé prochainement à Rome à un poste prestigieux. Le cardinal occupe déjà plusieurs fonctions dans les organes romains, ce qui s'accompagne de responsabilités qui l'amènent à voyager beaucoup. Il y a près d'un an, son diocèse recevait le Congrès eucharistique international. En octobre dernier, il était le rapporteur général des évêques au synode sur la Parole de Dieu qui se tenait à Rome. Certains ont cru voir dans l'addition de ces signes le gage d'une nomination qui l'aurait rapproché de Benoît XVI, un homme avec qui il s'entend à merveille.

Dans les faits, une nomination aurait été étonnante. Le diocèse vient tout juste de recevoir deux nouveaux évêques auxiliaires et le cardinal a beaucoup de projets en tête, dont la restructuration des services diocésains et une meilleure visibilité communicationnelle pour l'Église à Québec. Rome ne peut ignorer cela. C'est d'ailleurs en partie pour mettre en branle de telles actions qu'on l'a nommé à Québec.

Lire entre les lignes
Donc, d'où vient réellement cette rumeur qui s'est retrouvée aujourd'hui dans le quotidien Le Soleil ? Même les proches du cardinal ne savaient le dire aujourd'hui. Ce que l'on sait par contre, c'est que Le Soleil a deux journalistes qui se démarquent lorsque vient le temps de parler de religion : Yves Therrien et Claude Vaillancourt. Il semblerait qu'il ne soit pas facile pour eux, surtout pour Therrien (qui possède une maîtrise en théologie) de convaincre ses patrons de la pertinence de couvrir certains sujets religieux. Ce fut notamment le cas lors du Congrès eucharistique international l'été dernier. Pourtant, les articles de Therrien ont été fort appréciés grâce à sa capacité de comprendre les enjeux d'une telle rencontre d'Église.

Aujourd'hui, quel était l'enjeu ? La rencontre annuelle du clergé diocésain. Les médias en auraient-ils parlé autrement ? Probablement pas, malgré l'impact qu'elle pourrait avoir sur l'Église de Québec. Cette rencontre devait aborder la question de la restructuration des services diocésains. Elle devait également permettre au cardinal Ouellet de confier aux deux nouveaux évêques auxiliaires, Gérald Cyprien Lacroix et Paul Lortie, leur mission respective. Bref, une rencontre d'importance pour l'avenir de l'organisation de l'Église à Québec, et une rencontre qui influencera également le message pastoral qui émanera à désormais du diocèse.

En utilisant l'angle de la rumeur du départ du cardinal pour en parler, les patrons de presse y trouvaient leur compte : c'est « vendeur ». Quant aux journalistes, ils pouvaient alors en profiter pour parler des véritables enjeux de la rencontre. Était-ce volontaire de leur part ? Difficile à dire. Mais disons que les catholiques, désormais habitués à lire entre les lignes, sauront départager l'information de la sensation.